Harcèlement

Le harcèlement moral. Voilà une notion qui est maintenant entrée dans le vocabulaire collectif, connue, ça ne fait plus rigoler, ça ne déclenche plus d’incrédulité, tout va bien. Mais quant à la réalité….

J’ai vécu un vrai harcèlement moral, pendant environ un an, jusqu’à ce que je parte de mon entreprise pour commencer ma formation à l’école d’agronomie. Quand je suis arrivée en formation, j’étais en petits morceaux, oui, des petits morceaux de Philomenne. On nous a demandé de nous présenter le premier jour, je me suis mise à pleurer, à sangloter, même, déclenchant l’incrédulité parmi mes petits camarades qui ont dû se demander si j’étais une grande dépressive ou une psychopathe. Il m’a fallu des semaines pour remonter la pente et pour réaliser ce par quoi j’étais passée et à quel point ce n’était pas normal. Et pas de ma faute.

Non, je ne suis pas une technicienne nulle. Pas un génie non plus, certes, mais normale, quoi. Faisant son boulot de son mieux, certains jours bien et d’autres un peu moins mais dans l’ensemble, pas la nullité qu’on a décrit. Et celui qui n’est pas normal, ce n’est pas moi. C’est lui, le « manager », qui m’a prise en grippe (comme si nos sentiments devaient dicter nos relations dans une entreprise…) et qui s’est acharné à me pourrir la vie, soit disant pour que je « progresse ». Vieil argument des pervers, ça, vous faire souffrir sous couvert de vous rendre service, justifier ses actes par de la bienveillance feinte tout en jouissant un maximum du mal qu’ils font.

Je ne méritais pas cette pression, ni cette violence, parce que personne ne mérite cela.

J’ai eu besoin de revenir sur ce que j’avais vécu. Une personne formidable m’a prêté Souffrance en France, le livre de Christophe Desjours. J’ai lu Harcèlement au travail ou nouveau management, de Paul Ariès. Je voulais savoir et comprendre ce qui s’était passé, comment j’avais pu en arriver là, me faire avoir, me laisser prendre au piège. Je n’ai pas envie de me voir comme une victime dans cette histoire. Pas coupable, mais responsable pour une partie, celle de n’avoir pas dit « non » assez tôt, de ne pas avoir été assez lucide. Mais qu’est-ce qui m’est arrivé ?

Et puis j’ai lu ce billet de Jaddo et j’ai compris quelque chose de plus. Jaddo, merci. C’est tout à fait ça. Très bien écrit, et décrit, le voilà, le pervers : mon chef, comme si tu l’avais vu toi-même. Comment as-tu su ? Et le processus par lequel le pervers embobine sa proie comme une araignée dans sa toile, tu étais là ? Ce type, c’est le Kââ du livre de la jungle version Disney, trusssst in me, voilà, on y est. Alors c’était lequel, mon petit pas à moi, le premier ? Cette fois où il m’a dit que mes enfants me prenaient trop de temps ? Non. Encore avant. Cette fois où il a déformé mes paroles, ce que j’avais dit, alors qu’il était là… et je ne reconnaissais pas ce que j’avais dit dans ce qu’il répétait, justement, et j’en suis restée sidérée, au sens propre, incapable de réagir tellement c’était énorme. Le tout en prenant un air très embêté, compatissant, même. Ne plus jamais laisser déformer mes paroles. Même un peu. Faire ma parano, oui. Ne plus rien laisser passer, rien, jamais. Et ne plus croire que c’est impossible, que ça ne peut pas m’arriver. Parce que ça peut m’arriver. Comme à tout le monde.

Dans quelques jours, fin de mon CIF,  je dois retourner dans ce qui reste « mon » entreprise, et on m’a remise dans l’équipe du même chef. Ce n’était pas obligé, des chefs il y en a d’autres mais on m’a remise avec celui-là. Conclusion ? Ce n’est pas un signe que mon entreprise va jouer la carte de l’apaisement, ça c’est sûr. Plutôt une déclaration de guerre… Parce que non content de m’avoir démolie, ce type s’est aussi chargé de ma réputation. C’est facile : je suis seule sur le terrain donc personne n’est témoin de ma façon de travailler et il est le seul référent en cas de problème réel ou… inventé. Donc on veut que je m’en aille ? On dirait bien. Et bien sûr que je vais m’en aller ; comment souhaiter encore travailler pour une entreprise qui cultive dans ses murs ce genre de comportement ? Je ne sais pas quand ni combien de temps ça prendra mais je vais m’en aller. Sauf qu’en attendant, il va falloir tenir bon.
D’un autre côté, je sais maintenant à quoi m’attendre, je vois la situation autrement et je n’ai plus d’illusion. Je sais que ce type est un pervers, manipulateur et menteur… qui ment tellement bien qu’il finit par croire à ses propres mensonges. Et de savoir ça, ça change tout. Alors ? J’ai peur. Mais je suis différente, riche du recul que j’ai pu prendre. Alors… je ne sais pas ce que ça va donner, c’est une affaire à suivre…

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2 comments for “Harcèlement

  1. Sapiens
    27 août 2011 at 22 h 48 min

    Courage, Philomenne, les manipulateurs sont plus dangereux que les brutes mal dégrossies, j’en ai payé les frais aussi, je vois exactement ce dont tu parles… Mais tu as recollé tes petits bouts de Philomenne et tu reviens éclairée, moins facile à berner. (et puis tu vas partir!) je te souhaite de refaire le plus court passage possible dans ta boîte… Je vais voir tes liens.

    • Philomenne
      28 août 2011 at 17 h 34 min

      Merci infiniment Sapiens. Oui, effectivement, j’ai recollé les bouts et la reprise du boulot (lundi dernier) n’a pas été très rigolote mais pas non plus aussi dure que je le craignais. J’avais peur de me laisser à nouveau submerger. J’ai eu la chance de pouvoir en discuter longuement avec une amie quelques jours avant et elle m’a donné de bons conseils. Et puis comme tu le dis, je ne vais pas rester…

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