Pour nourrir la planète, l’agroécologie

drapeau onuL’agroécologie est une agriculture de riches, réservée aux bobos occidentaux. Elle ne sera toujours qu’une production de niche. Elle n’est pas généralisable et surtout, elle ne pourra jamais être mise en œuvre dans les pays pauvres parce qu’il faut nourrir la planète.

Ça, c’est le discours habituel. Celui que l’on entend, mis à toutes les sauces, dans les écoles d’agriculture, dans les organismes para-agricoles… Absolument tous ? Je ne peux l’affirmer -je ne suis pas omniprésente- mais disons que c’est le discours le plus couramment répandu. Est-ce le discours officiel ? Celui qui, soucieux de « nourrir la planète », justement, se préoccupe du droit à l’alimentation (suffisante et de qualité) de tous nos « conciterriens » ? Eh bien non. Le discours officiel, tenu par l’ONU, fait l’apologie de l’agroécologie. Partout. Pour tous.

Le 20 décembre 2010,  Olivier de Schutter présentait à l’ONU un rapport sur le droit à l’alimentation. Ce rapport est une synthèse de différentes publications scientifiques (environ 70) traitant du sujet, publiées dans les cinq ans précédents. Il précise bien que la plupart des études sur lesquelles il se fonde ont été réalisées dans des pays dits « en voie de développement » mais que ce qu’il avance vaut aussi pour les pays dits « développés ».

Ce rapport définit trois objectifs pour assurer la sécurité alimentaire : l’alimentation doit être disponible, accessible et adéquate.

  • Disponible : il doit y avoir suffisamment de denrées sur le marché pour que tout le monde soit servi.
  • Accessible : géographiquement, socialement, économiquement, la nourriture doit être à portée de chacun.
  • Adéquate : adaptée à chacun (l’âge, l’état de santé) et exempte de polluants, de substances nocives…

Pour que l’alimentation soit disponible, il faut accroitre la production, certes, un peu. Mais il serait aussi bon de réaffecter une partie des céréales données aux animaux à l’alimentation
humaine, donc accepter de consommer moins de viande (cela ne signifie pas que nous devons devenir massivement végétariens mais qu’il serait bon d’avoir, disons, une alimentation moins carnée).

Pour que l’accessibilité de l’alimentation soit assurée, il faut surtout augmenter les revenus des plus pauvres. Parce que dans la plus grande partie des cas, ce ne sont pas les stocks qui manquent mais l’argent pour acheter. En bref, ce n’est pas un problème de production mais de pauvreté. Et en la matière, le meilleur résultat est obtenu lorsqu’on augmente le revenu des plus pauvres (qui consomment essentiellement en local et donc soutiennent l’économie proche d’eux, alors que si on soutient les plus riches, cela engendre plutôt des importations). Il vaut donc mieux, dans l’intérêt de l’économie globale, subventionner les petits producteurs que les gros.

Pourquoi l’agroécologie ?

L’agriculture telle qu’elle est pratiquée ne doit pas compromettre sa capacité à satisfaire les besoins futurs. C’est-à-dire qu’elle doit être durable, tant socialement qu’économiquement ou d’un point de vue environnemental. La compilation des publications permet de faire plusieurs constats qui vont dans ce sens :

1) L’agroécologie accroit la productivité au niveau local
Parce qu’elle introduit ou augmente la biodiversité, qu’elle prend en compte la nécessité de fixer l’azote dans le sol, qu’elle introduit des arbres dans les systèmes, l’agroécologie permet de prendre soin des sols et d’en augmenter les qualités. Elle permet même de réhabiliter des terres. Dans les pays dont les sols sont fragiles, elle lutte contre l’érosion et les lessivages de ces sols, améliore leur capacité à stocker l’eau. Enfin, l’agroécologie conduit à introduire l’élevage et la pisciculture dans les systèmes et donc, par son effet de diversification, renforce la sécurité alimentaire.
« Il est prouvé que ce type de technique à faible utilisation d’intrants externes, qui préserve les ressources, peut accroitre considérablement les rendements. » (point 17) La lutte intégrée (sans insecticide) contre les parasites, l’agriculture de conservation (sans labour et avec une couverture du sol), l’agroforesterie (l’utilisation des arbres) permettent en moyenne de doubler les rendements, même lorsque les engrais du commerce ne sont pas utilisés.

2) L’agroécologie réduit la pauvreté rurale
Elle permet de gérer durablement et d’augmenter la fertilité des sols et donc de réduire la dépendance aux intrants chimiques, qui sont coûteux. Les petits producteurs dépensent donc moins et gardent des moyens, qu’ils peuvent consacrer à autre chose (éducation, santé…) Elle emploie plus de main-d’œuvre donc permet de limiter le chômage et l’exode rural.

3) L’agroécologie contribue à améliorer la nutrition

Par la diversification des cultures, l’introduction de l’élevage (petits ruminants, volaille, poissons…) et des arbres, elle permet de diversifier les apports de nutriments. On trouve donc dans l’alimentation qu’elle produit non seulement des glucides mais aussi des protéines et des vitamines en plus grande quantité que dans les autres systèmes.

4) L’agroécologie facilite l’adaptation au dérèglement climatique
Il est prouvé que les systèmes agroécologiques sont plus résistants et plus résilients en cas d’évènement climatique extrême. Et « les propriétés des sols cultivés biologiquement améliorent la résistance des cultures à la sécheresse. » (point 29)

5) L’agroécologie est plus durable que les autres types d’agriculture
En réduisant fortement la dépendance au pétrole, l’agroécologie est plus durable, moins vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole que les autres systèmes. Elle est donc plus sécurisante pour le producteur et elle émet moins de gaz à effet de serre.

6) L’agroécologie engage le producteur et fait de lui un participant

Ce point est essentiel si on considère le point de vue social. Le producteur cesse d’être un fonctionnaire de la PAC ou un salarié des multinationales pour se réapproprier ses savoir-faire et redevenir acteur. On cesse de déprécier les méthodes traditionnelles, les connaissances se transmettent d’un producteur à l’autre et circulent.

J’ai essayé de rendre compte (en résumant, alors c’est un peu frustrant) de la première partie de ce rapport, qui concerne les constats. La deuxième partie propose une série de préconisations et de recommandations.

Le plus important à mes yeux, c’est que ce rapport, qui est on ne peut plus officiel, ouvre des perspectives : l’agroécologie n’est plus l’apanage des bobos et autres allumés alternatifs, au
contraire, son intérêt est reconnu. Cela permet de contrer les arguments clichés dont je parlais au tout début. Cela permet aussi et surtout de s’appuyer dessus pour justifier les expérimentations, les essais, les crédits alloués aux pratiques agroécologiques. Cela permet enfin de mettre en lumière des travaux scientifiques qui le plus souvent restent dans l’ombre et de les mettre en perspective, par le travail de synthèse qui est fait.

L’intérêt de développer une agriculture écologique et durable à tous points de vue est souligné. Le fait que ce type d’agriculture soit celui qui a le plus de chances de nourrir toute la population mondiale, même (et surtout) si elle s’accroit considérablement, est démontré. Voilà qui ouvre bien des perspectives…

En bas de cette page, on peut télécharger le document
complet, en français ou en anglais.

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2 comments for “Pour nourrir la planète, l’agroécologie

  1. bob
    25 septembre 2012 at 21 h 20 min

    C’est drôle, la définition d’agroécologie de De Schutter (phD en droit faut le rappeler) est exactement celle de l’agronmie avec le concept de science en moins. Étonnant glissement sémentique vous ne trouvez pas?

    • Philomenne
      25 septembre 2012 at 22 h 56 min

      ça dépend de votre définition de l’agronomie…

      Le fait qu’O. De Schutter soit docteur en droit ne le disqualifie pas à mes yeux dans cette affaire. S’il fallait avoir un doctorat pour être légitime pour parler d’un sujet, on n’irait pas très loin…

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