Le cul de la vache

cul de la vache - CopieQuelles que soient les raisons pour lesquelles on l’élève, c’est parce qu’elle peut faire naître un veau, puis produire du lait –pour le nourrir, ou pour la traite- que la vache nous est utile, parce qu’elle a un ventre plein d’un petit, parce qu’elle a une mamelle gonflée de lait. Ce qui nous intéresse, dans la vache, c’est sa féminité. Les inséminateurs ne s’y trompent pas, dans la vulgarité provocante du langage qu’ils affectionnent, lorsque ils débarquent en réunion à dix heures, leur journée déjà presque faite, les pieds lourds et le corps un peu las :

« Ha ! Je suis fatigué, j’ai bien travaillé ce matin : j’ai bourré trente-huit culs. »

Ils n’ont pas leur pareil pour parler utérus, ovaire et ovulation au-dessus d’un steak-frites, pour palper et commenter ce que du bout des doigts ou du plat de la main ils détectent. Leur rôle dévolu à la fécondation, à la procréation, fait d’eux des spécialistes du cul de la vache.

On a beaucoup parlé du cul de la vache –celui que palpent nos politiciens au salon de l’agriculture- mais on n’en a finalement rien dit. Et pourtant, le cul de la vache constitue pour nous tout son intérêt. C’est là qu’on tire le lait, c’est aussi de là qu’on tire le veau, c’est encore là, dans la « culotte », que se trouvent les morceaux de viande les plus côtés : l’araignée, le filet ou la poire, malgré leurs appellations poétiques, sont bel et bien taillés dans le cul de la vache. Depuis des siècles, la vache apprivoisée promène avec indifférence l’objet de la convoitise de l’homme : son gros cul, parfois rond, ou bien pointu, un peu sale, impudique.

Car la vache nous laisse sans honte lui regarder le derrière. Sa queue balance nonchalamment et découvre par intermittence son anus et sa vulve. Chez la Tarine, dont la robe est fauve, les muqueuses sont noires de jais. En dessous de l’anus bien rond, éventail de peau plissée, la vulve est plutôt de forme oblongue, fendue au milieu, pointue vers le bas. L’ensemble me fait penser à la forme d’un têtard tête en haut. Au bout de la queue du têtard, la vache fait pipi à grands jets bruyants. Et pour ce faire, afin de ne pas se tremper les pieds, elle arque son dos, ramassée sur elle-même, lève la queue en balancier, prend un air légèrement concentré. Pisser demande de l’application, commande l’arrêt de toute autre activité et c’est presque le sourcil froncé qu’elle s’acquitte de cette obligation naturelle. A l’opposé, la vache chie avec indifférence, en marchant, en mangeant, parfois même couchée et, semble-t-il, sans y penser. La bouse tombe et s’étale –pouf ! ou bien splach !- plus ou moins mollement, plus ou moins brillante. Elle éclabousse plus ou moins loin mais quoi qu’il arrive, j’évite de rester juste derrière : si la bestiole éternue, la matière projetée à l’horizontal atterrira, au choix, sur ma poitrine ou sur mes chaussures.

Il peut sembler étrange, en dehors de son contexte, de parler ainsi du cul de la vache. Mais l’objet prend tout son sens dès lors que l’on entre à l’étable. La consistance de la bouse nous renseigne sur la pertinence de ce que la vache a mangé. Bouse fibreuse ? Trop dure ? Trop liquide ? Verte ? Brune ? Trop de céréales, peut-être, ou alors trop de protéines, mauvais foin ou bonne herbe… je mets la bouse dans une passoire, sous le jet d’eau pour la laver, la tamiser, mesurer ses fibres. Je commente, je diagnostique, je conseille. Et s’il n’y avait que la bouse ! La vache perd des glaires pendant ses chaleurs et un peu de sang à la fin. Des glaires filantes et élastiques quand elle est en bonne santé mais si elles deviennent cassantes, c’est qu’il y a un problème, une infection, peut-être une métrite… enfin, quelque chose à soigner. Encore pire, si ce sont des sécrétions blanches, si l’animal « fait du blanc ».

A la fin de la gestation, la vulve de la vache grossit et devient tremblotante comme une gelée. De chaque côté, entre les ischions et la base de la queue, le muscle se creuse en U -la vache « se casse »- on sait que le vêlage est imminent. C’est par là, par cette vulve hypertrophiée qui ballote au rythme de la marche, que sortira la première poche des eaux, puis tout le liquide amniotique de la deuxième, puis plus tard deux petits sabots noirs, la tête et le corps d’un Bambi frissonnant. Et enfin le placenta. Parfois, la vache se fiche du petit paquet trempé qui vient de sortir de son derrière. Soulagée seulement de ses douleurs, elle entend retourner vivre sa vie. D’autres fois, elle refuse de se laisser approcher par le jeune quatre pattes malhabile et titubant venu quémander la mamelle. Le pauvre recevra alors un coup de pied dissuasif. Mais le plus souvent, la vache se tourne simplement et, passé sans effort du cul à la tête, c’est à grands coups de langue râpeuse que le petit biquet se fera tout à la fois débarbouiller, réchauffer et consoler de ses émotions.

La vache est finalement généreuse et truculente, rabelaisienne. Sa queue fouette les mouches sur ses flancs, son grand corps chaud et lourd roule au rythme de sa marche et avec nonchalance, comme celui d’une corpulente mamma universelle, son gros cul lourd de promesses.

  PS : Mes fidèles lecteurs n’auront pas manqué de remarquer qu’avec un titre pareil, je vais sacrément faire monter les statistiques de ce blog. Héhé…

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5 comments for “Le cul de la vache

  1. Pascal
    12 septembre 2011 at 23 h 19 min

    Tout à fait, d’ailleurs je suis tombé par hasard sur ce site en cherchant « cul » sur Google 😉

    • Philomenne
      13 septembre 2011 at 10 h 00 min

      Moi qui pensais que tu faisais partie des 7,3 fidèles lecteurs de mes p’tites bafouilles agricoles… Quelle déconvenue ! 😉

  2. La Vachère
    30 octobre 2011 at 0 h 34 min

    Merci !!!!

    Article splendide, tout en poésie….

    J’adore les caresser mes vaches, leur lisser les « poils du cul », le long des cuisses, les gratter sous la queue, là où elles aiment…. ^^

    Je vais pas faire un article complet ici, mais merci pour ce post, j’adore !
    Je retrouve mes jolies princesses, qui ont les plus beaux culs de la Terre !

  3. Mélanie
    25 septembre 2012 at 22 h 51 min

    Je suis comme La Vachère , je caresse mes vaches lors de la traite (surtout la base de la queue et le dessous,le cul en génénéral ) et j’ai des supers résultats au niveau de leur comportement (vaches plus calmes)

    • Philomenne
      25 septembre 2012 at 22 h 51 min

      Rhooo mais dis donc, y a plein de p’tites vachères en visite sur ce blog ? C’que c’est chouette ! 🙂

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