Est-ce que j’ai le droit ?

Bientôt trois mois que j’ai commencé ce blog. Trois mois, autant dire rien du tout, je n’ai d’ailleurs pas beaucoup de lecteurs (une trentaine par jour au maximum). Par rappport à ce que j’avais prévu, ce que j’ai écrit est, du moins pour le moment, un peu moins militant, un peu moins technique et un peu plus centré sur le côté humain de mon expérience. Peut-être que je suis influencée par des blogs que je lis régulièrement et qui, dans d’autres domaines professionnels, ont aussi affaire à « de l’humain » (Maitre Mô, Jaddo, Dix lunes… et bien d’autres). Ou peut-être que c’est ce qui s’impose à moi pour le moment. Quoi qu’il en soit, ce sont ces textes-là qui « me viennent », un récit en appelant un autre, comme une pelote que je roulerais à partir d’un tas de fils embrouillés. Oui mais.

Tout ça est bel est bon mais est-ce que j’ai le droit ? Je me découvre des choses à raconter, des beaux moments et des plus pénibles, et à décrire, des paysages et des hommes… est-ce que j’ai le droit ? Cette question m’a arrêtée alors que j’étais en train d’écrire un autre portrait, plutôt flatteur, celui-là, voire, n’ayons pas peur des mots, très, très flatteur. Et j’imaginais l’intéressé tombant par hasard sur ce texte, se reconnaissant, probablement…et je ne suis pas sure qu’il apprécierait. Serait-il d’accord pour trouver ainsi son portrait, passé par la subjectivité de ma plume, donc peut-être en désaccord avec l’idée qu’il se fait de lui, sur la toile ? N’est-ce pas comme si j’affichais sur la façade de ma maison une photo de lui prise à son insu ? J’ai des scrupules, quoi. Comment font les autres ? Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce que j’ai le droit de publier tout ça ?

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10 comments for “Est-ce que j’ai le droit ?

  1. 27 octobre 2011 at 6 h 44 min

    Pas de réponse toute prête à te proposer, mais je comprends ton interrogation. Nous avons les mêmes lectures, et c’est ce côté humain qui m’intéresse, et qui permet aussi, je crois, de faire passer l’intérêt du militantisme (on ne milite pas dans le vide, je trouve par exemple que le blog de 10lunes est militant).

    Les auteurs-blogueurs que tu cites ont fait le choix de l’anonymat … leurs patients ou clients peuvent-ils se reconnaître ? Je ne serais pas surprise que non, que des détails significatifs soient changés.

    Le droit ? Te poses-tu la question quand tu lis ces autres blogueurs que tu cites ? Il me semble que c’est davantage une question d’art de faire … Mais ce n’est bien sûr que ma réponse (et partielle en plus !).

    • Philomenne
      27 octobre 2011 at 8 h 00 min

      Oui, le blog de 10lunes est militant, celui de GMZ aussi… ce n’est pas parce qu’on ne parle pas directement de l’objet de son militantisme qu’on ne fait pas un acte militant, je suis bien d’accord.

      Sur l’anonymat (ou le « pseudonymat » comme dit Maitre Eolas), honnêtement, c’était plutôt pour me protéger moi que j’ai fait ce choix au début. J’ai réalisé après qu’il protégeait aussi ceux dont je parle. Ce qui fait que paradoxalement, je suis lue par des personnes que je ne connais pas mais pas par celles que je connais (quand on écrit autre chose qu’un blog, c’est généralement l’inverse). Ou alors, des très, très proches, dont je sais qu’ils n’iront pas crier sur les toits ma véritable identité.

      Concernant les autres auteurs, je me souviens d’un commentaire récent sous un billet de 10lunes, une maman lui disant merci d’avoir raconté son histoire. Mais 10lunes avait peut-être demandé la permission, cela n’implique par que la personne se soit reconnue. J’ai aussi lu sous un billet de Jaddo un reproche, dans le genre « je vais avoir du mal à être à l’aise avec mon médecin dorénavant ». Tout cela me fait effectivement me poser des questions.

      Et moi aussi, je change des choses, notamment les prénoms, toujours. Mais parfois, un détail significatif fait tomber l’histoire à l’eau s’il est changé donc je laisse et alors… est-ce que quelqu’un pourrait se reconnaitre (ou reconnaitre une personne de son entourage) et faire le lien avec moi ? Ou par recoupements, me reconnaitre et… bref. Voilà les questions qui m’agitent.

  2. duge genevieve
    27 octobre 2011 at 9 h 03 min

    bonjour Philomène,

    Je vous lis depuis un petit moment, j’aime bien vos récits .
    Vos descriptions sur le travail de la ferme me rapelle mon enfance chez mes parents petits cultivateurs dans les années 60-70 .
    Vous êtes tout à fait consciente des difficultés de ce métier puisque vous y travaillez concrètement .
    Continuez d’écrire, j’ai l’impression de partager mes souvenirs, mes modestes connaissances avec quelqu’un qui me comprend .
    Merci encore et au plaisir de vous relire .

    • Philomenne
      27 octobre 2011 at 10 h 00 min

      C’est moi qui vous dis merci. C’est toujours une surprise pour moi de voir que mes gribouillages peuvent intéresser quelques personnes. Et c’est un honneur.

  3. gaeline
    27 octobre 2011 at 11 h 09 min

    En tout cas j’apprécie dans ton blog ce que je retrouve dans les autres blogs que tu cites : la découverte d’un métier, d’un monde qui me sont totalement étrangers, et avec des interrogations et des réflexions qui me touchent car même si la pratique est différente, elles me ramènent aussi à mon propre quotidien…

  4. 28 octobre 2011 at 22 h 42 min

    Moi ce qui me plait , c’est que ça démystifie vos , leurs , métiers et de se dire que finalement , on n’est tous jamais que des hommes et des femmes comme tout le monde .

    Je trouve que c’est bien que les gens qui ont le verbe facile comme toi nous permettent de découvrir certains milieux « fermés » de leurs métiers par le récit de leurs expériences de vie.

    Merci à toi en tous cas ,parce que moi , tes histoires me « parlent  » beaucoup et en plus c’est pédagogique et j’espère que tu continuera …

    • Philomenne
      29 octobre 2011 at 12 h 44 min

      Bon, ben… vous l’aurez voulu alors. Je le publie ce portrait.

      (Et merci Gaeline et Mamienne. C’est un beau compliment que vous me faites parce qu’il veut dire que j’atteins mon but.)

  5. La Vachère
    30 octobre 2011 at 0 h 11 min

    Je viens de découvrir votre blog, en validant mes commentaires. Dès les premières lignes, je suis accrochée !

    Je me suis posé (longuement) les mêmes questions avant d’ouvrir mon blog. Chaque fois que je vais pour écrire un article, je m’interroge, sur ce que j’ai le droit d’écrire, est-ce qu’ils vont se reconnaitre s’ils tombent dessus ? Comment le prendront-ils ?

    J’ai fait comme choix de ne parler que succinctement des gens que j’apprécie moins, sans trop encenser ceux que j’aime le plus.
    Quant aux fermes, j’essaye d’être objective… Mais c’est pas simple.

  6. Bigorneau
    31 octobre 2011 at 10 h 41 min

    Il me semble effectivement que ton souci de respecter l’intimité, l’anonymat de tes « portraiturés » t’honore et que tous les bloggeurs et « fesse-bouqueurs » sont loin d’avoir ce souci. Retrouver mon portrait dans un blog ne me déplairait, mais alors là, beaucoup, beaucoup, beaucoup, que dans la mesure où n’importe quel lecteur me connaissant pourrait m’identifier. Là, je doute fort que ce soit le cas, ton travail est suffisamment anonyme pour être passionnant pour le lecteur sans gêner le chroniqué.
    Et moi, comment je fais, puisque tu poses la question ? Je triche. Je fais le portrait d’hommes morts depuis fort longtemps … Portrait que je construis en m’appuyant sur des documents d’archive publics. Et si, d’aventure, et par miracle, j’ai accès à des documents privés, c’est que j’ai eu la chance d’entrer en contact avec la famille.

  7. Canna
    4 novembre 2011 at 13 h 14 min

    Personnellement, je lis ton blog de temps en temps. Je l’aime bien et j’apprends des choses. 😉

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