Réchauffement climatique : foutez la paix aux vaches !

vache

Je n’en peux plus d’entendre parler des pets des vaches à chaque fois qu’il est question du réchauffement climatique. Ce raccourci est tellement simpliste qu’il en devient une ineptie, un non sens.

En premier lieu, il faut bien se décider à enfin le dire : non, une vache ne pète pas. Enfin, très peu. Et ça me blesse de voir ces pacifiques animaux que j’aime tant caricaturés en gros coussins péteurs montés sur pattes. Certes, une vache produit du méthane, comme tous les ruminants -chèvre, brebis, buffle, bison, zébu, yack, girafe, okapi (oui, l’okapi est un ruminant, de la famille des girafidés)- mais pas en pétant. Ce méthane est produit dans son estomac par la fermentation naturelle des aliments et rejeté à 95 % par la bouche. Et le reste, oui, ce sont des pets. 5 %. C’est un peu court, 5%,  pour accuser exclusivement » les pets des vaches », non ? Donc, en tout premier, les rots, pas les pets. He oui.

Ensuite, qu’est-ce qu’on appelle gaz à effet de serre produit par les vaches ? Le problème, c’est d’arriver à avoir des chiffres fiables et en l’occurrence, je n’ai pas trouvé deux sources concordantes parmi toutes celles qui se promènent sur la toile ou dans les diverses publications sur le sujet.

En revanche, on peut retenir plusieurs choses :

– La plupart du temps, les auteurs confondent émissions globales de gaz à effet de serre (GES) engendrés par la filière élevage et émissions dues aux seules vaches. Donc ils englobent avec le méthane produit par les ruminants les gaz qui se dégagent des fumiers, des fosses à lisier, les gaz d’échappement du tracteur… C’est ce chiffre global qui est généralement pris en compte, quand on lit que les vaches émettent plus que les transports. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette imprécision gigantesque est propre à disqualifier tout le reste.

– La totalité des textes font état des chiffres bruts, jamais des chiffres nets. La différence ? Les chiffres bruts sont ceux des gaz émis. Les chiffres nets tiennent aussi compte du carbone stocké. La filière élevage émet des gaz à effet de serre, oui, mais elle stocke aussi du carbone. Par exemple, un hectare de prairie en région tempérée permet de stocker 50 à 65 tonnes de carbone par hectare dans les trente premiers centimètres de sol. A peine moins qu’une forêt, deux fois plus qu’une culture.

Donc, pour calculer les émissions nettes de GES, on fait une soustraction :

Quantités émises – quantités stockées = quantités de GES participant au réchauffement climatique.

Dans certains domaines, la différence entre émissions brutes et émissions nettes est grande parce que la capacité de stockage de carbone est importante. C’est le cas en agriculture. Dans d’autres, les deux chiffres sont pratiquement identiques (quand je conduis ma voiture, je brûle du pétrole, donc j’émets des GES, mais je ne stocke rien, hélas).

S’agissant des vaches, elles émettent donc essentiellement du méthane. Est-ce qu’elles en sont les principales responsables ? Si on en croit le GIEC, un tiers environ du méthane est émis par l’agriculture, un autre tiers par les énergies fossiles, le dernier par les déchets ménagers. Et dans le tiers dû à l’agriculture, les ruminants produisent les deux tiers. Un quart est dû aux rizières et les quelques pour cents restant sont le fait du stockage des effluents

En bref, le méthane émis par les ruminants représente 4 % des GES totaux1. Bien sûr, on m’objectera que le méthane est plus réchauffant que le CO². 21 fois plus. Ces 4 % représentent effectivement 10 % du pouvoir réchauffant global. 10 %, c’est beaucoup mais ce n’est pas tout, ce n’est pas la première source de GES, comme on essaye de nous le faire croire.

Et tous ces chiffres sont bruts. On pourrait (on devrait) les pondérer en calculant le net mais je n’ai rien trouvé allant dans ce sens. Je ne sais même pas si ces chiffres existent, d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, 10 % moins le carbone stocké… on arrive inévitablement à un chiffre beaucoup plus raisonnable.

Alors certes, l’élevage, quand il est industriel et concentré dans une région, engendre des pollutions non négligeables, dont les algues vertes ne sont que la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus embêtant (la pollution des eaux par les nitrates et les pesticides, notamment). Certes, nous aurions intérêt, nous occidentaux, à avoir une alimentation moins carnée, à diminuer la taille des élevages au lieu de l’augmenter, à extensifier. Mais en matière de réchauffement climatique, il y a beaucoup plus grave que les vaches. Je suis même tentée de dire que le jour où il ne restera QUE les vaches, nous pourrons dormir tranquilles.

Les vaches, dans cette affaire, c’est l’arbre qui cache la forêt. Pendant qu’on parle des pets des bovins en rigolant grassement (ou en prenant un air grave et concerné), on ne parle pas de l’industrie, des transports, des déchets, on fiche la paix aux lobbys de la bagnole, du transport routier et autres consommateurs de pétrole, à tous ceux dont les intérêts financiers passent avant les préoccupations pour l’environnement. Des énormes intérêts financiers, qui seront toujours plus gros et plus puissants que ceux des éleveurs, lesquels sont invités (sic !) une fois encore à porter le chapeau. Et surtout, pendant qu’on parle des pets des vaches, pour ce vrai problème qu’est le réchauffement climatique, on ne fait rien.

Récemment, l’AIE (Agence Internationale de l’Energie) a publié sont rapport annuel : il nous reste cinq ans pour arrêter les bêtises. Dans cinq ans, il sera trop tard, l’emballement du réchauffement sera probablement irréversible. Alors sérieusement, on pourrait arrêter de rigoler sur des pets de vaches inexistants et se mettre au boulot ?

1) Quand je dis « émissions totales de gaz à effet de serre », il s’agit en fait uniquement des émissions anthropiques, c’est-à-dire issues des activités humaines. On ne prend jamais en compte les émissions naturelles dans les calculs.

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6 comments for “Réchauffement climatique : foutez la paix aux vaches !

  1. gene duge
    16 novembre 2011 at 14 h 04 min

    très bien Philomène de remettre les pendules à l’heure !

  2. 16 novembre 2011 at 22 h 27 min

    Tout à fait d’accord !

    Ca t’embête si je copie-colle sans rien changer pour mettre sur mon blog ?

    J’ai eu un visiteur, arrivé par google, qui s’énervait contre les « cons qui accusent les vaches de polluer avec leurs gaz », un truc comme ça 😉

    • Philomenne
      17 novembre 2011 at 10 h 00 min

      C’est gentil à toi. Plutôt que de copier-coller le tout, pourrais-tu envisager un billet avec un lien ? Un peu comme quand j’avais renvoyé vers un billet de 10lunes… (dans le billet « cible
      erronée »).

       

      J’en profite pour te dire merci pour le « irrésistible ».

  3. joellebarn
    2 décembre 2011 at 1 h 22 min

    bonsoir
    j’aimerais qu’on s’attarde sur la note : on ne prend jamais en compte les émissions naturelles dans les calculs. Et si on se souvenait que les animaux sont des êtres vivants donc naturels, avant d’être des « objets » des activités humaines ? parce que oui certains l’oublient, et ils oublient donc que les vaches ont de tout temps existé bien avant la pollution, tient donc ! bon sang ce que ça m’énerve ! merci donc pour votre billet 🙂

    • Philomenne
      2 décembre 2011 at 9 h 00 min

      Oh, oui, je vois ce que vous voulez dire. Mais comme ce sont des animaux d’élevage, activité humaine, ce méthane-là est effectivement compté dans les émissions anthtropiques. (Alors que celui qui est émis par les girafes, non !) D’un autre côté, on peut supposer que si les bovidés étaient tous restés sauvages, ils seraient quand même moins nombreux…

  4. 25 février 2014 at 21 h 57 min

    Et dans le genre « on peut trouver des responsables n’importe où », je me faisais la réflexion tout à l’heure (pendant la traite, qui comme chacun sait, est une activité propice à la méditation et à l’élèvement de l’âme, surtout quand on se fait doucher par une vache qui a la chiasse…. :p ) donc je disais, il y a des vegans, qui voudraient que tout le monde devienne vegan.

    Seulement, pour ne pas avoir de carence dans beaucoup de trucs, il faut compenser le manque de protéines animales et autres par des apports végétaux. Or, le fer, le calcium… et l’azote, on les trouve dans les légumineuses.

    Et les légumineuses, ça fait péter.

    Les pets de vegan, c’est immonde, j’ai une amie qui est herbivore comme ça, elle serait capable de faire dégueuler le Monstre quand elle s’y met !

    Donc, en fait, le problème serait déplacé : si on supprime les pets (et éructations, mais bon) des ruminants genre bovin, qui sont relativement odorantes, parfumées, et pas désagréables, par les pets de vegans qui puent la mort passée à l’acide…

    Non seulement y’aura plus de couche d’ozone, mais en plus on vivra avec des diffuseurs à sent-bon sous le pif ! Pas forcément mieux…

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