Ma ville en transition (feuilleton) chapitre 2.1

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  TRANSITION : SO WHAT ?

Où l’on se pose des questions

Transition : n.m. du latin transire, aller au delà. 1. Action de passer d’un raisonnement à un autre, de lier ensemble les parties d’un discours. 2. Passage d’un état de choses à un autre.

Le « pic pétrolier ». Que nous soyons en train de le passer, que nous l’ayons passé il y a deux ans ou que ce soit pour l’année prochaine (en fonction des experts)… peu importe. C’est une réalité d’aujourd’hui dont les conséquences sont pour demain. Dans les années, les décennies à venir, la quantité de pétrole facilement et économiquement exploitable va diminuer, en même temps que sa qualité va décroître, inexorablement. Son prix montera, par conséquent, tout aussi inexorablement. Certes, l’augmentation du prix du pétrole aura un effet d’accroissement du stock mondial de pétrole, en ce sens que certains gisements qui n’étaient pas exploités parce que considérés comme non rentables (difficiles d’accès, par exemple) vont devenir rentables et être exploités. Mais il ne s’agit que de reculer l’échéance.

Ce constat fait et avant même d’aller plus loin dans ses lectures, la terrienne ordinaire que je suis se pose des questions.  Puisque le pétrole est pour nous tout à la fois une matière première et une énergie servant à transporter hommes et marchandises, ainsi qu’à produire de la chaleur, puisque notre économie est fondée sur le pétrole, quelles seront les conséquences de l’augmentation de son prix ?  La hausse continue du prix des carburants va-t-elle rendre le transport inabordable ? Jusqu’à quel point mon budget pourra-t-il supporter l’augmentation du prix d’un plein d’essence ? Et corollairement, quand devrai-je renoncer à avoir une voiture ? Comment pourrai-je me déplacer alors ? En vélo pour les petites distance, certes. En car et en train pour les plus grandes, oui, d’accord… à condition que l’endroit où je souhaite aller soit desservi. Et s’il ne l’est pas ?

Concernant les produits de consommation courante -la nourriture, les objets de première nécessité- ils sont aussi transportés. On évoque souvent le yaourt qui parcours six mille kilomètres avant d’arriver sur notre table ; il n’y a malheureusement pas que le yaourt. C’est le cas de la majorité des produits qui se trouvent dans les rayons d’un supermarché. Et le fait qu’un objet ait été fabriqué en France n’est pas du tout une garantie qu’il n’ait pas plusieurs milliers de kilomètres à son actif, si les différentes pièces parcourent une distance importante d’une usine à une autre, avant l’assemblage et le conditionnement, puis l’acheminement sur le lieu de vente. L’augmentation du coût du transport des produits de consommation engendrera fatalement une augmentation du prix de ces mêmes produits. A quel point mon budget pourra-t-il le supporter ? On peut bien sûr réduire sa consommation et ne plus acheter que le strict nécessaire, en compensation. Mais pas au delà d’un certain point. Et après ? Le même problème se pose également pour tous les objets dont le pétrole est une matière première (plastique, matières synthétiques…).

Si on se penche sur l’agriculture, c’est-à-dire sur la production de nourriture, activité essentielle s’il en est, il apparait que le pétrole sert à fabriquer des engrais, à faire rouler le tracteur, à importer depuis le bout du monde le soja qui vient compléter les céréales et/ou le maïs dans la ration des animaux, ainsi que les concentrés en granulés, à transporter les semences… et à acheminer la production jusqu’à son lieu de transformation ou de vente. Cette activité est, tout comme les autres, fortement dépendante du pétrole.

Bref, c’est l’économie dans sa globalité qui va être influencée et bousculée et on voit mal comment l’augmentation du prix des carburants pourrait ne pas engendrer une crise économique importante et longue, si personne ne l’anticipe. En fondant notre société sur le pétrole, presque uniquement sur lui, nous avons mis tous nos oeufs dans le même panier, nous nous sommes rendus vulnérables.

Pourra-t-on remplacer cette énergie par une autre ? Par exemple, on construit des voitures électriques mais est-il possible de remplacer chaque voiture thermique par une électrique ? Et le transports des marchandises ? Cette hypothèse pose plusieurs problèmes : celui des batteries (avons-nous assez de ressources, notamment de lithium, pour fabriquer autant de batteries ?) et celui de l’électricité proprement dite : est-il possible de produire assez d’électricité « renouvelable » pour faire rouler tous ces véhicules ? Ou faudra t-il forcément avoir recours au nucléaire ? Quel nombre de réacteurs cela représente-t-il ? Est-ce possible ? Et est-ce souhaitable… ?

Pour répondre à toutes ces questions, il existe des documents, des ressources en ligne… qui sont si nombreux que le lecteur s’y noie. Et pour ce qui est du contenu, c’est à peu près tout et son contraire, à un point…  Par exemple, à la question « Combien de réacteurs nucléaires faudrait-il construire pour remplacer toutes les voitures thermiques par leur équivalent électrique ? », la réponse va de six mille (au niveau mondial) à… zéro (mais à l’échelle de la France). Dans ce dernier cas, il s’agit d’un blog1 qui affirme également que le pétrole est une ressource renouvelable, ce qui m’amène à sérieusement douter de l’ensemble. Tout et son contraire, vous dis-je.

Je parle du pic pétrolier parce que c’est de ce constat qu’est partie l’idée de transition mais s’il n’y avait que le pic pétrolier… Il y a aussi le réchauffement climatique. Ce réchauffement qui est dû à de multiples causes parmi lesquelles l’utilisation des énergies fossiles n’est pas des moindres. On s’en préoccupe, de Kyoto à Durban, en passant par Copenhague, mais pour quel résultat concrètement ? 2010 a vu des records battus en termes d’émissions de GES et de concentration de carbone dans l’atmosphère. C’est à pleurer.

Et s’il n’y avait que le réchauffement climatique… Notre société industrielle occidentale, telle que nous la connaissons, s’est construite sur l’usage des énergies fossiles en général et du pétrole en particulier, ainsi que sur l’économie productiviste qui semble aller avec. Avons-nous de quoi être fiers de ce que nous avons collectivement créé ? Ça se discute. Il ne s’agit certes pas de tout remettre en cause en jetant le bébé avec l’eau du bain. Je suis heureuse d’avoir une espérance de vie de quatre-vingts et quelques années, d’avoir un toit au-dessus de ma tête et de la nourriture dans mon assiette, d’avoir eu accès à une bonne éducation, etc. Ce qui me satisfait moins, c’est que ce fameux système soit incapable d’assurer une égalité minimale devant ces privilèges et par conséquent, le fait que ce qui me semble basique (sécurité, santé, nourriture) ne soit pas à portée de tous. Ce qui m’empêche de dormir, par exemple, c’est de savoir que 20 % de la population mondiale détienne (je devrais dire « accapare ») 86 % des richesses mondiales. Pour ne citer que ce seul chiffre. Et comme il n’est pas possible d’augmenter ces fameuses richesses -puisque pour cela il faut des ressources qui sont, on l’a vu, limitées- il ne reste que deux solutions : laisser en l’état ou partager.

Le pic pétrolier, le réchauffement climatique, les nécessités d’un partage des ressources, voilà au moins trois bonnes raisons d’envisager la transition. « Passer d’un état à un autre », c’est-à-dire recommencer, comme avant l’ère industrielle, à respecter notre environnement et à nous passer des énergies fossiles avant d’y être acculés. Et accéder autant que possible à une équité entre terriens. « Allez au delà » de ce que nous connaissons aujourd’hui pour inventer une autre manière de vivre ensemble. Changez tout, changez tout… c’est là que la notion de transition s’impose naturellement.

A suivre...

 

 

1) Non, je ne mettrai pas de lien. Si vous faites une recherche en tapant ma question précédente, vous allez tomber dessus.

 

Le premier billet de la série se trouve .

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