Maille endroit, maille envers…

Changez tout ! écrivais-je il y a quelques temps. Changez tout… Oui. Mais personne ne peut tout changer à lui tout seul, à moins d’être un dictateur ou… Dieu. En réalité, la seule chose que je peux changer, c’est moi-même1 et mon  environnement proche. Prenons un exemple.

Un sol est susceptible de subir un certain nombre de dommages. Erosion hydrique (à cause des ruissellements), érosion éolienne, dessèchement, tassements… Quand un ou plusieurs de ces phénomènes concernent une région entière, les conséquences sont nombreuses. Baisse de la fertilité et donc des rendements agricoles, appauvrissement de la végétation, modification du climat local…

D’un autre côté, on sait que plus un sol contient de matière organique, plus il est plus résilient. Ce qui signifie qu’un taux de matière organique élevé le rendra moins sensible aux ruissellements et au vent. Il supportera mieux ce qui est susceptible de provoquer des tassements (pluie battante ou passage du tracteur), la sécheresse, l’inondation… et bien sûr, il sera plus fertile. C’est dire si cette qualité est importante.

Nul ne peut décider seul du taux de matière organique des sols d’une région. En revanche, je peux, sur le petit morceau de terre dont je suis responsable (celui qui m’appartient ou que l’on m’a confié), si petit soit-il, mettre en oeuvre des pratiques qui permettent de maintenir ou même d’augmenter le taux de matière organique : paillage, couverts végétaux, apport de compost… A ma toute petite échelle, j’apporte ma contribution pour améliorer la situation. Si d’autres personnes  font de même, nous créons un maillage de parcelles dont le taux de matière organique sera préservé ou même en hausse. Et ce maillage aura aussi une influence sur les parcelles qui ne sont pas concernées. Parce qu’un sol qui contient plus de matière organique reste, par exemple, plus humide donc plus frais, qu’il abrite plus de petits animaux comme les vers de terre, qui passeront ensuite d’une parcelle à une autre, qu’il stockera plus d’eau, laquelle se répartira par capillarité… le maillage ainsi créé a une action sur tout le territoire. Et par conséquent, c’est à l’échelle de la région que nous contribuons, par nos petites actions individuelles combinées, à améliorer les choses. Ce maillage, fruit du travail de plusieurs personnes, chacune sur son domaine, crée une dynamique globale qui dépasse la simple addition des petites actions singulières.

Ce processus peut être mis en œuvre dans bien des domaines qui dépassent largement le cadre de l’agronomie. Si dans ma ville, je crée, par exemple, un jardin collectif qui permet à la fois de produire de la nourriture et de tisser du lien social, je participe à la création d’un maillage d’un autre type, plutôt économique et social celui-là, apte à rendre résiliente la communauté dont je fais partie.

Plus généralement, j’aime à croire que chacune de nos action a des conséquences non seulement sur nous-même mais aussi sur notre entourage. Qu’une action positive peut entraîner d’autres conséquences positives et parfois, engendrer une dynamique qui dépasse de loin le projet de son initiateur. Ne serait-ce que par l’exemple qu’elle donne.

Alors… je repense à ce concept de maillage à chaque fois que je me sens découragée par l’ampleur de la tâche. A chaque fois que je me prends pour Dieu parce que je voudrais, d’un coup, « changer tout ». J’y repense et je me reconcentre sur ma petite maille, ma contribution. Je me rappelle que je ne suis certainement pas la seule à avoir ce désir de faire bouger les choses, que si je m’y mets à mon échelle pendant que d’autres en font autant de leur côté (même si je ne les connais pas) le maillage existe et qu’il change beaucoup.

1) « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Gandhi

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5 comments for “Maille endroit, maille envers…

  1. 19 janvier 2012 at 9 h 04 min

    C’est un point au tricot que je n’aime pas beaucoup mais ça donne des choses plus solides 😉 Si sur le moment c’est frustrant, quand on regarde en arrière, il vaut mieux souvent ne pas faire les comptes de toute l’énergie investie pour constater qu’ici et là de petites choses se sont implantées, c’est toujours ça qui n’est pas perdu. Bon courage !

  2. Lazuli66
    19 janvier 2012 at 21 h 21 min

    Joli texte, et plein d’espérance. Merci !

  3. 19 janvier 2012 at 22 h 12 min

    Je me suis bien souvent répété cette deuxième phrase .
    J’ai cru, j’ai voulu, j’ai tenté de faire changer des choses mais la tâche est plus ardue qu’il n’y parait .
    Aussi je me décourage vite quand je constate que c’est bien difficile tout ça.
    Alors je me recentre sur mon petit monde, et je mets en place des choses…
    et ça paye, je vois bien que mes enfants « s’imprègnent « de beaucoup de choses, réfléchissent, prennent de bonnes habitudes …

    Oui , tu as raison, il faut commencer chez soi et ça fera tâche d’huile… il faut l’espérer 😉

  4. monique
    21 janvier 2012 at 21 h 12 min

    Merci! Vous me redonnez du courage… moi qui finirais par vivre dans un tout petit cercle de personnes partageant ma façon de voir et de faire, tellement il est dur de toujours recommencer à expliquer.
    A coté de mon terrain d’arbres et d’herbes (et de vie!) mon voisin s’échine à ramasser les feuilles, à gratter la terre, jusqu’à la mettre à nu. Il croit à la mauvaise herbe.
    Il croit surtout que suis une feignante sur un terrain pas entretenu…
    Et on commence à avoir de l’âge tous les deux. Pas sûr qu’on change!

  5. ksk
    25 janvier 2012 at 12 h 43 min

    « si un battement d’aile de papillon à NY peut entraîner une tempête à l’autre bout du monde imaginons l’impact d’un sourire dans un ascenseur »…

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