J’suis fatiguée, là…

Guy Bedos a un sketch qui commence comme ça : « J’suis fatigué, là. Si j’étais une femme, j’irais m’coucher tout de suite, sans m’démaquiller. »

En ce moment, c’est souvent cette phrase qui me vient à l’esprit. J’suis fatiguée, là. En fait, je suis beaucoup plus que fatiguée. Je dirais plutôt épuisée, vidée, lessivée, rincée, crevée. Démotivée. Ça fait vingt ans que je travaille, je n’ai jamais, presque jamais fait 35 heures, toujours plus, souvent beaucoup plus, parfois même le double. J’ai souvent remis à plus tard ma vie privée pour travailler d’arrache-pied. Ça fait deux ans que je n’ai pas pris de vacances. Je suis fatiguée. Alors là, maintenant, si j’avais le choix, je prendrais une année sabbatique, au moins une. Je rêve de m’enfuir. Pas géographiquement, non, mais m’extraire de notre société telle qu’elle est aujourd’hui. M’abstraire. Je fantasme sur le blog de Geispe et je rêve de passer tout mon temps à m’occuper de mon jardin, à crapahuter dans la forêt, à bricoler ma maison. Je suis fa-ti-guée.

Voilà qui tombe mal, à un moment où la fin de ma formation est supposée me propulser sur le glorieux piédestal d’une Carrière, à un moment où il faudrait que je consacre toute mon énergie à
séduire un patron pour le persuader de m’embaucher. Oh bien sûr, j’envoie docilement des candidatures, je vais aux entretiens… mais la fatigue, ça se sent, donc ça n’aide pas.

J’étais déjà fatiguée avant de commencer ma formation d’ingénieur, il y a un an et demi. Je le suis encore plus aujourd’hui. Ingénieur par la formation continue, ce n’est pas inaccessible mais la formation est copieuse, très copieuse. C’est une sorte de grande machine à laver qui vous presse en même temps qu’elle vous remplit, avant de vous abandonner là, diplôme en poche mais vidé(e) comme une coquille. Au lendemain de la soutenance de mon mémoire, je ne savais plus rien, cerveau vide et air hagard, j’avais l’air d’avoir fumé des choses pas nettes. Tout était là, mes connaissances toutes neuves, je le sentais, mais impossible de rien retrouver. Tout était voilé par ma fatigue. Et ça ne passe pas. C’est ça le problème : ça ne passe pas.

J’suis fatiguée, là. Et chaque cellule de mon corps proteste contre la nécessité de retourner au boulot.

J’suis fatiguée, là. On devrait avoir le droit de prendre une année sabbatique pour faire autre chose, une ou deux fois dans sa vie. Mais on ne peut pas. Alors j’espère, aussi, qu’écrire ici sur l’agriculture, renouer avec ce que j’aime, m’aidera à retrouver la motivation qui me manque. J’espère qu’écrire ma fatigue va m’aider à l’éliminer, j’ai besoin d’un second souffle, d’une motivation, d’un renouveau. En attendant de trouver un autre boulot, je dois reprendre l’ancien ; c’est dans trois semaines. Il me reste trois semaines.

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2 comments for “J’suis fatiguée, là…

  1. 31 juillet 2011 at 13 h 43 min

    Repose-toi, tu le mérites amplement ! le blog et les forums (enfin c’est un peu différent ;-)) sont une excellente thérapie : en plus de vous mettre du baume au coeur, c’est une ouverture fantastique sur le monde, les autres, des rencontres… Avec déjà le recul de plusieurs années, je ne regrette pas d’avoir franchi le pas, j’aurais vraiment raté quelque chose.

  2. 18 septembre 2011 at 10 h 32 min

    Comme je comprends ce sentiment
    pour moi , c’est un changement de vie privée qui a aussi changé ma vie professionnelle , j’ai enfin la vie que je voulais vivre depuis toujours et j’en suis très heureuse

    Je te souhaite de trouver ton chemin et de t’y sentir heureuse

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