Mille vaches : et alors ?

Difficile de passer à côté de l’affaire de la ferme des mille vaches ces derniers temps. La résistance est active. Pourtant, les raisons mises en avant par certains opposants me laissent un peu perplexe.

Avant tout, il y a la question de la légalité de l’installation. En la matière, de deux choses l’une, soit l’installation est légale, soit elle ne l’est pas. Et dans l’hypothèse où elle ne le serait pas, ce serait purement et simplement scandaleux. Si les exploitations de taille « habituelle » sont soumises à des règlementations, à des normes, à des obligations, si elles sont sanctionnées dans les cas où elles ne s’y conforment pas, il doit en être de même pour une ferme gigantesque. Ni plus, ni moins. Et il serait inadmissible que l’on fasse une exception, fut-ce au nom de « l’emploi » ou de l’activité créée. Je ne vois aucune raison, absolument aucune, de déroger à ce principe.

Ce préalable étant posé, je vais supposer, pour les besoins de la démonstration, que la règlementation est parfaitement respectée. Dans cette hypothèse, finalement, où est le problème ?

Le bien être animal ? L’exploitation est construite autour d’un système de traite robotisé. Cela signifie que les vaches ne peuvent pas sortir parce qu’elles doivent être à proximité du robot. Dans certaines fermes dont la traite est robotisée, et selon l’organisation des terres et du pâturage, il est possible de faire sortir les vaches. Mais c’est compliqué et encore assez rarement possible. Sur le principe, les vaches sont donc en bâtiment à cause du robot. A noter qu’il y a également des exploitations dans lesquelles la traite n’est pas robotisée et les vaches ne sortent pas quand même, parce que c’est le choix de l’éleveur. Le système est construit de cette manière : vaches en bâtiment et zéro pâturage. Avec distribution de fourrages conservés et/ou affouragement en vert (c’est-à-dire que l’herbe est coupée au champ et apportée à l’auge). Techniquement et économiquement, cela a des avantages et des inconvénients. Du point de vue du bien être animal, si la règlementation est respectée (tant de mètres carré par animal), il n’y a rien à dire. Je peux comprendre qu’on trouve insupportable l’idée qu’une vache soit enfermée à vie dans un bâtiment. C’est même à mon avis justifié. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi on trouve ce principe insupportable quand il y a mille vaches et pas quand il y en a quarante. La surface par vache étant identique, soit cette situation est intolérable dans tous les cas et il faut condamner en bloc, soit elle ne l’est pas et il n’y a rien à contester sur ce point. Pis encore, j’ai du mal à comprendre pourquoi on proteste contre des vaches en stabulation libre 1 et qu’on trouve par ailleurs tellement mignonnes les vaches en montagne alors que dans de nombreux cas, elles passent six mois par an à l’intérieur, à l’attache, les seules possibilités pour elles étant d’être couchées ou debout. L’ivresse de l’alapage l’été, oui, mais payée au prix fort de six mois d’immobilité par an, même pour vêler. Et personne ne s’indigne, alors que c’est probablement bien plus dur à supporter pour un bovin, qui a physiologiquement besoin de mouvement, que la possibilité de se déplacer sur une aire paillée.

La pollution ? Dans le cas de la ferme des mille vaches, la surface de l’exploitation en elle-même est très petite. Mais il est prévu que les lisiers, ou plutôt le digestat issu de la méthanisation, soit « exporté », c’est-à-dire épandu sur des exploitations voisines, ce qui est parfaitement légal. Si la règlementation est respectée, c’est-à-dire si les quantités d’azote épandues par hectare sont conformes à la règlementation, je ne vois pas pourquoi cet élevage poserait problème plus que les autres. Il ne sera pas moins polluant que les autres mais pas davantage non plus. Donc soit on s’indigne des normes en vigueur -qui sont appliquées dans la totalité du pays-, soit on ne s’indigne pas du tout. A vrai dire, on aurait raison de s’indigner, quand on voit l’état de la situation : taux de nitrates excessifs dans l’eau, algues vertes, pollution pratiquement généralisée des eaux de surface, pollution grandissante des eaux souterraines… Récemment, la France a de nouveau été condamnée en raison de son inertie dans l’application de la directive nitrates par la cour de justice européenne. Il y a largement de quoi s’énerver. Mais ne nous trompons pas de colère. Le problème est national.

La méthanisation ? Sur le principe, la méthanisation, c’est plutôt une bonne chose. C’est une manière raisonnablement peu polluante de produire du gaz, ou de l’électricité via la cogénération, en récupérant le méthane issu de fermentations au lieu de le laisser partir dans l’atmosphère. Le problème que pose la méthanisation, c’est plutôt les risques de dérives. Par exemple, si on se mettait à cultiver du maïs 2 pour le mettre dans le méthaniseur au lieu de le manger (ou de le donner aux animaux), on se retrouverait en face du même dilemme qu’avec les agrocarburants. Mais tant qu’on se contente d’y introduire des déchets, des lisiers et des sous-produits, c’est plutôt une bonne manière de les valoriser. On s’inquiète de la taille de ce méthaniseur, qui est le plus gros projet de France à l’heure actuelle (mais pas le seul projet de grande envergure). Cependant, techniquement, plus un méthaniseur est gros, mieux il fonctionne et mieux il valorise ce qu’on y met. Je ne suis pas choquée non plus par le fait qu’il serve à recycler certains déchets de l’industrie, surtout s’ils sont issus de l’agroalimentaire. Pour qu’un méthaniseur fonctionne de manière optimale, il est nécessaire d’y introduire des déchets diversifiés. Dans l’idéal, il faut des matières azotés (des lisiers, des fumiers), des matières carbonées (des produits d’élagage, des tontes de gazon…) et si on peut rajouter des graisses (issues de la transformation de viandes ou de produits laitiers, par exemple), il fonctionne encore mieux. En fait, le seul problème restant – et il n’est pas négligeable- c’est que l’apport de sous-produits de l’industrie dans le méthaniseur va inévitablement entrainer un ballet de camions dans les environs de l’exploitation, lequel engendrera trafic routier et pollution.

Mais alors, doit-on s’opposer au projet de la ferme des mille vaches ?

Oui ! Nous devons nous y opposer de toutes nos forces, mais pas pour des raisons de bien être animal ou de pollution. Il faut s’y opposer parce que c’est la forme extrême de l’industrialisation de l’agriculture, la promotion d’un modèle économique qui détruit des emplois par la mécanisation outrancière et privilégie la quantité sans souci de la qualité. C’est le stade ultime d’une agriculture inhumaine, au sens premier du terme : dans laquelle l’humain n’a pas sa place. Un comble, quand on pense que c’est quand même pour nourrir les hommes que l’on fait de l’agriculture. Mais s’opposer à ce projet est loin d’être suffisant.1000_vaches

D’une part, il est peu probable qu’on puisse empêcher cette ferme de voir le jour. Tant que la règlementation sera respectée, rien n’étant illégal, je ne vois pas comment interdire quoi que ce soit à terme. Et le démontage de la salle de traite, par exemple, s’il envoie un signe fort, n’aura fait que retarder l’échéance.

D’autre part, et surtout, lorsque je vois les manifestations, j’aurais presque envie de dire qu’il serait bien temps de se réveiller 3 En effet, si ce projet est aujourd’hui possible, ce n’est pas pas tant parce qu’il se trouve quelqu’un qui a les moyens financiers de les réaliser mais parce que les évolutions de l’agriculture pendant le demi siècle qui vient de s’écouler l’ont rendu possible. J’entends par « possible » le fait qu’un projet de cette ampleur soit imaginable, techniquement réalisable et légal. Depuis le temps que l’on pousse à l’agrandissement des exploitations, à la mécanisation, à l’automatisation, depuis le temps que l’on fait des lois et des règlementations qui autorisent des grandes installations, depuis le temps qu’on pousse à l’intensification et à la production de masse, ça devait arriver. En d’autres termes, la ferme des mille vaches va probablement voir la jour parce qu’elle est l’aboutissement logique et inévitable des évolutions de l’agriculture depuis des décennies. Le problème, c’est que jusqu’à aujourd’hui, on a laissé faire et qu’un vrai retour en arrière va être très difficile à mettre en œuvre.

Autrement dit, il faut s’opposer à la ferme des mille vaches mais s’en tenir là n’aurait aucun sens. C’est la totalité de la logique agricole actuelle qu’il faut remettre en cause. Cette logique qui veut qu’on voie toujours plus grand, qu’on cherche toujours plus à exporter, à produire toujours plus. La ferme des mille vaches fait parler d’elle en tant que symbole mais j’ai bien peur que s’en prendre au symbole et uniquement à lui ne serve pas à autre chose qu’à déclencher une tempête médiatique qui retombera comme un soufflé. En d’autres termes, cela reviendrait uniquement à tenter de casser le thermomètre.

Il faut s’opposer au projet de la ferme des mille vaches et quel que soit le résultat de cette lutte, il faut aller au delà et militer ardemment pour une agriculture paysanne. Cette agriculture créatrice d’emplois, peu polluante, respectueuse de la vie… cette agriculture humaine dans le plein sens du terme.

J’ai été heureuse de trouver cette idée sous la plume de la Confédération Paysanne, qui définit ce projet de ferme des mille vaches comme l’arbre qui cache la forêt d’une industrialisation de plus en plus dévastatrice de l’agriculture.

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Notes:

  1. Stabulation libre : les animaux sont dans un bâtiment mais ils ne sont pas attachées et peuvent se mouvoir normalement, soit sur une aire paillée, soit sur une surface bétonnée ou faite de caillebotis. Dans ce dernier cas, les zones réservées au couchage sont généralement soit paillées, soit couvertes d’un matelas spécial.
  2. Pour le moment, ce risque n’existe pas parce que ce n’est pas rentable. Il faudrait que la culture du maïs pour la méthanisation soit subventionnée pour que cela le devienne et ce n’est pas le cas à l’heure actuelle. Cependant, un projet de loi est actuellement à l’étude.
  3. . Je ne me sens pas moi-même exempte de reproches à ce sujet, faut-il le préciser. Et par ailleurs, il y a depuis longtemps des personnes qui remettent en cause les évolutions de l’agriculture européenne. Trop peu nombreuses.

25 comments for “Mille vaches : et alors ?

  1. pedro rojo
    13 novembre 2014 at 14 h 08 min

    Bon article, qui change des postures « de principe », argumenté, et posant les questions en termes de CHOIX de société et pas de « les gentils écolos contre les méchants agriculteurs ». Je ne suis plus éleveur de bovins , mais je l’ai été . La question que je me pose : si on ne sort pas la France ou l’Europe de la compétition mondiale au niveau de l’agriculture , est il possible de changer les choses ? le tout bio me laisse dubitatif , il peut se développer mais si on le transpose à toute l’agriculture est-on sur de nourrir tout le monde , et que devient le reste de l’agro non bio ?

    • Philomenne
      13 novembre 2014 at 23 h 53 min

      Ici il ne s’agit pas de passer tout le monde en bio mais de promouvoir l’agriculture paysanne (qui n’est pas nécessairement bio mais passe en revanche par une réduction des intrants). Est-ce qu’elle peut nourrir tout le monde ? J’ai la conviction que oui. Surtout si on relocalise et qu’on cesse de gaspiller un tiers des denrées alimentaires produites.

      Quant à la question que vous vous posez, sincèrement, je ne saurais y répondre. Mais je pense qu’on ne perdrait rien à essayer.

  2. lorju
    13 novembre 2014 at 17 h 18 min

    Bonjour,

    Je suis en tout point d’accord avec votre article et de nombreux autres bien que intéressé voire presque supporter de Claude Bourguignon (lol).

    J ai découvert votre blog récemment avec grand plaisir !

    Je suis moi même conseiller agricole en recherche d’emploi parce que mon ex employeur a jugé que j’étais un moment pas assez disponible suite à des problèmes familiaux même si je lui donnais apparemment satisfaction … revenons à nos moutons … Oui cette ferme est la logique normal de la politique agricole des 50 dernières années.

    J’ai du mal à croire que nous pourrons revenir en arrière avant un bon moment, parce que revenir en arrière voudrait dire « décroissance », vous savez ce gros mot , voir même une insulte dans toute la frange agricole hyper productiviste … Tant que les denrées agricoles seront traitées comme de simples marchandises exportables, tant que la terre, l’eau, l’atmosphère, le travail humain ne seront que des moyens de productions alors pas de retour possible en arrière …

    Seul une prise de conscience que l’agriculture dite paysanne, peut être vecteur de nombreux emplois avec une consommation moindre d’énergie … et un meilleur respect de l’environnement permettra de stopper ces projets démesurés au service de l’industrie agro-alimentaire.

    On s’émeut face à la ferme des mille vaches, mais il y a longtemps que tout le monde à fermé les yeux sur les structures d’élevage hors sol ou sur les serres démesurées produisant de la tomate en février en Bretagne par exemple …

    Alors oui je suis sûr que les fermes de mille vaches vont fleurir un peu partout en France et il y en a déjà de nombreuses en Europe, sans compter ces agriculteurs qui s’expatrient vers les pays de l’Est pour produire des denrées en masse, aussi à bas coût, because foncier et main d’œuvre pas chère … Tiens ça me rappelle la Dacia … et moi aussi je roule avec !!! alors !

    Il n’est pas encore venu le temps où l’énergie fossile ne permettra plus ces projets …

    A très bientôt, vraiment ça me fait plaisir de savoir des collègues dans une autre mouvance !!!

    • Philomenne
      13 novembre 2014 at 20 h 00 min

      Merci pour ce long commentaire. Je n’ai pas grand chose à ajouter, si ce n’est que j’observe que nous sommes d’accord sur le fond. J’espère que vous retrouverez rapidement un emploi ; je suis bien placée pour savoir combien c’est difficile en ce moment.

      • lorju
        14 novembre 2014 at 14 h 39 min

        Merci, oui c’est pas évident de perdre un cdi dans le secteur du conseil agricole et d’en retrouver un autre, surtout quand on est peu mobile. Encore merci pour ce blog et ces échanges.

  3. chacha 77
    13 novembre 2014 at 21 h 07 min

    Bonsoir,

    Je crois que vers chez moi, en Seine et Marne le projet de méthanisation qui vient de démarrer utilise du maïs. J’avais lu l’article en diagonal…dommage.

    Quoi qu’il en soit merci de nous permettre de prendre du recul et d’avoir une réaction moins épidermique face à ce sujet.

    Bonne soirée.

    • Philomenne
      13 novembre 2014 at 22 h 00 min

      La plupart du temps, alimenter un méthaniseur avec du maïs n’est pas rentable en France ; c’est la raison pour laquelle cela ne se pratique généralement pas. Mais cela ne signifie pas que personne ne le fait (ce n’est pas interdit, après tout) et peut-être que votre voisin a trouvé un moyen de rentabiliser l’opération..

      Merci pour votre commentaire.

  4. Moya
    25 novembre 2014 at 18 h 45 min

    Bonsoir,

    je viens de tomber par hasard sur votre blog, je le trouve très intéressant surtout quand ce moment je suis en pleine recherche pour améliorer notre assiette et donc d’où vient ce que l’on y met.

    N’ayant pas d’étude dans ce domaine, il est facile de me faire promener un peu partout.

    Je suis en ce moment Claude Bourguignon et je suis tombé sur votre article si vous pouviez me transmettre plus d’info sur les personnes qui s’occupent des sols et comment aider.

    Je comprend votre avis sur lui mais d’un avis extérieur je vois souvent des personnes se critiquer alors qu’ils vont finalement dans la même direction.

    Je veux dire par là que c’est très bien d’avoir un avis critique surtout quand il est bien construit comme vous mais juste n’oublions pas de rester tous soudés et solidaire.

    Pour les 1000 vaches, je suis d’accord sur le faites que d’autres producteurs plus petits agissent de la même manière voire pire mais je trouve que cette action est symbolique et remet en question le traitement des vaches et leur consommation.

    Pour terminer, je vous remercie pour vos articles et vos infos et vous souhaite une très bonne soirée.

    Ps : je m’excuse d’avance pour mes fautes d’orthographe il faut vraiment que je m’améliore…;)

    • Philomenne
      25 novembre 2014 at 22 h 00 min

      Merci pour ce long commentaire. Concernant la ferme des mille vaches, l’action est symbolique en effet, c’était précisément ce que je disais. Et je pense que si on s’en tient là, ça ne servira pas à grand chose. Je ne dis pas qu’il ne faut pas protester, je dis juste qu’il ne faut pas s’en tenir là et que les décisions sont politiques.

      Concernant votre question sur les personnes qui s’occupent des sols, je pense que ça mérite un billet à part entière. Je vais m’y employer.

  5. toohlil
    25 décembre 2014 at 19 h 57 min

    Vous dites: « Oui ! Nous devons nous y opposer de toutes nos forces, mais pas pour des raisons de bien être animal ou de pollution. Il faut s’y opposer parce que c’est la forme extrême de l’industrialisation de l’agriculture ».
    Je ne vois pas bien l’intérêt de l’opposition que vous faites ici. Mal-être animal et pollution sont aussi à dénoncer. Certes, qui dit industrialisation de l’agriculture dit mal-être animal et pollution.
    On peut aller aussi un peu plus loin et se rappeler ce qu’est une vache (une forme dégénérée d’ongulé produite uniquement à des fins productivistes, elle a de la gueule ma Prim’Hostein!) et se dire qu’on ne sait toujours pas grand chose du bien-être des vaches (voir Temple Grandin par ex.) mais de plus en plus de choses sur les conséquences négatives causés par leur élevage.
    Je propose de freiner des quatre fers, voire d’arrêter tout simplement la production de vaches. Leur produits qu’on en tire ne sont pas indispensables, voire nocifs, et les conséquences sur l’écosystème sont insupportables.
    Le végétalisme paysan, c’est très sain et les paysages seront bien plus beaux.

    • Philomenne
      26 décembre 2014 at 0 h 59 min

      Je ne fais pas d’opposition entre, d’une part, l’industrialisation, et d’autre part, la pollution et les questions de bien-être animal. Je dis que la pollution et les conditions de vie des animaux sont seulement la conséquence de l’industrialisation. Donc il est plus cohérent et plus efficace de s’opposer à l’industrialisation. Les améliorations en termes de pollution et de bien-être animal suivront, naturellement si j’ose dire.
      Par ailleurs, comme les conditions des vie des animaux et la pollution sont les mêmes dans la ferme des mille vaches que dans les autres, s’opposer à celle-ci et non à celles-là pour ces raisons-là n’aurait aucun sens. C’était le sens de mon propos. Soit on s’oppose à tout, soit à rien.

      Je ne suis pas d’accord avec l’idée selon laquelle une vache serait une forme « dégénérée » d’ongulé. C’est une forme domestiquée. Si pour vous la domestication est une dégénérescence, je vous invite à considérer qu’à moins que vous ne soyez strictement chasseur-cueilleur, vous ne mangez que des aliments « dégénérés ». Même si vous êtes vegan. Car les végétaux que nous consommons sont également des produits de domestication. Par exemple, le blé d’aujourd’hui n’a plus rien à voir depuis longtemps avec celui que les premiers hommes du néolithique ont commencé à sélectionner. Même les variétés rustiques cultivées en bio sont des variétés domestiques. Idem pour les légumes, les fruits, etc.

      Je ne suis pas d’accord avec l’idée selon laquelle on ne saurait pas grand chose du bien être des vaches. Certes, on est loin de tout savoir. Mais, notamment grâce au travail de Temple Grandin que vous citez à juste titre, et à celui d’autres éthologues, on sait maintenant dire si une vache est bien ou si elle souffre. Ce qui est un énorme progrès. Faut-il en tenir compte ensuite, je pense que nous nous rejoignons sur ce point.

      Pour ce qui est de freiner ou d’arrêter la production de vaches, je ne suis pas d’accord. Un élevage bovin de type paysan (extensif et à l’herbe) est utile et non nocif pour l’environnement. Quant aux paysages, les conséquences d’un arrêt de l’élevage seraient : baisse de biodiversité, fermeture des espaces incultivables (alpages, terres au-dessus de 500m d’altitude, terrains trop peu profonds pour être cultivés…) avec retour à la friche, baisse inévitable des taux de matière organique des sols. Sans compter cette question : sans fumier, vous fertilisez les terres avec quoi ? De l’ammonitrate ? (produit issu du pétrole, je précise.) Bof.

  6. toohlil
    26 décembre 2014 at 10 h 36 min

    Vous remontez loin là, ça fait caricatural. Je parle de dégénéré, pas forcément de domestiqué : une tomate (GM?) d’hiver à la flotte sur polystyrène de hollande est une forme dégénérée de tomate ; une vache Prim’Holstein, celle qu’on voit partout et qu’on appelle vache, est une forme dégénérée des vaches plus rustiques disparues. C’est fait pour produire de la masse de protéines (et de déchets), mais que ma maîtresse a de délicatesses!
    On s’en passerait bien, comme des tomates à la flotte, et quoiqu’en disent les cassandres du productivisme qui assurent la faim dans le monde tout en prétendant que si on change on va tous crever. Même le concept « vache » tout court on pourrait laisser tomber si on veut aller loin (on n’est pas obligé, mais simplement pouvoir y penser rend plus libre de choisir! C’est ça l’enjeu).
    Paysan ne rime pas forcément avec lisier. Par contre lisier en France rime un peu trop avec désastre. Et pourquoi parler tout de suite de l’ammonitrate de pétrolard, une solution parmi les plus stupides? On peut très bien développer des solutions végétales de fixation de l’azote (certains appellent ça « culture intermédiaire piège à nitrates » (CIPAN) bof), avec des pratiques un peu différentes et pas moins paysannes.
    Enfin pour l’esthétique, je ne regretterai pas les vacheries au kilomètre de Basse-Normandie ou du Nord ou encore pire aux USA, en Argentine, etc. Sachant qu’il peut y avoir d’autres animaux moins polluants ou d’autres usages, dans les alpages ou ailleurs, et pourquoi pas? Pourquoi tout ou rien? Pourquoi s’interdire ces options pour l’avenir? Ce sont des choix très récents tout ça! Après certes, des petits élevages paysans sont probablement moins pire sur de nombreux points que ce qu’on connait actuellement. 🙂

    • Philomenne
      26 décembre 2014 at 11 h 33 min

      Je remonte loin ? Ma foi… à partir de quel moment considérez-vous qu’on passe de la domestication à la dégénérescence ? Une vache est une vache et une prim’holstein ne pollue pas plus qu’une vache rustique. On peut même considérer qu’elle pollue moins : si vous avez, par exemple, 300 000 litres de lait à produire par an, vous pouvez les produire avec 30 prim’holstein ou avec 50 vaches dites « rustiques » et dans ce dernier cas, vous aurez plus de déjections à traiter pour une production identique. Quant à la composition du lait, elle est un peu dépendante de la race, c’est vrai, mais surtout de l’alimentation de l’animal. Or on peut nourrir très bien une prim’holstein et très mal une vache rustique, ça n’a pas de rapport. Alors même si à titre personnel, je préfère travailler avec des races anciennes parce qu’elles sont plus jolies, j’ai quand même du mal à comprendre cette fronde contre la holstein.
      Concernant les tomates poussées sous serres et en solution hydroponiques, je partage votre point de vue : c’est dégueulasse (et je doute aussi de l’intérêt nutritionnel de la chose). Point besoin d’ailleurs d’aller aux Pays-Bas. Saveol, par exemple, est une entreprise costarmoricaine. Mais commençons par ne pas les acheter (et bien sûr que non, ça ne règle pas le problème de la faim dans le monde. Par contre, une tomate génétiquement modifiée, ça n’existe pas).

      A part ça, je parle « fumier » et vous répondez « lisier ». Ne confondons pas. Lisier = déjections seules (donc c’est liquide), fumier = déjections + paille (donc c’est solide). Et le fumier, c’est vachement mieux, plus facile à gérer, plus équilibré en carbone/azote, et l’azote a moins tendance à « s’évader », aussi, donc c’est moins polluant. Donc je parlais bien de fumier, dans le cadre d’une agriculture paysanne. Le fumier ne peut absolument pas être remplacé par des CIPAN (pourquoi « bof » ? C’est bien les CIPAN) parce que ces cultures ne servent qu’à fixer de l’azote qui se trouve déjà dans le sol mais elle n’en apportent pas. Or, il est indispensable de « rendre » au sol la biomasse qui est prélevée par la récolte. Exemple : vous cultivez un blé en bio, vous faites un rendement de 50 quintaux (5 tonnes). En récoltant, vous prélevez 5 tonnes de biomasse. Si vous faites cela tous les ans, votre sol va rapidement perdre en fertilité. Or, les CIPAN n’apportent pas de biomasse. Elles permettent de fixer l’azote dans le sol pour qu’il ne soit pas lessivé, ce qui est une bonne chose mais ça s’arrête là. Quant à la plante elle-même, elle vient du sol et elle y retourne immédiatement donc le bilan est nul : pas de perte (c’est le but) mais pas d’apport non plus. Donc nous restons avec notre problème : comment rendre au sol les cinq tonnes de carbone et d’azote qui ont été prélevés par la récolte ? Si nous nous accordons pour écarter l’option ammonitrate, le moins polluant et le plus pratique reste le fumier. Donc il faut des animaux (qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement des vaches), donc de l’élevage.

      • agronomix22
        19 avril 2015 at 13 h 51 min

        Bonjour Philoméne
        Bien vu l’analyse, sauf que en ce qui concerne les éléments fertilisants fournis par le sol , effectivement là ou le bat blesse , c’est tout ce qui n’est pas apporté par les couverts à base de légumineuses.En effet celles-ci par fixation symbiotique de l’azote de l’atmosphère du sol contribuent à apporter de l’azote exogène à la parcelle et limite ainsi l’appauvrissement du sol en azote , mais ce n’est pas suffisant pour autant sauf si l’on se contente de rendement très modeste comme sur la Ferme suisse de Mapraz (36 qtx/ha). Il va falloir des ha pour nourrir TOUS les habitants de la planète..Par contre en ce qui concerne les autres éléments minéraux vous auriez du aborder effectivement le problème de ce qui n’est pas restituer au sol après exportation de la culture en compensation de ce qu’elle a prélevé, à savoir tout ce qui concerne les éléments P,K,Ca,Mg,Mn,Cu…..Et là vous avez raison, en effet à par quelques élucubrations d »affairistes écologistes » qui prétendent que certains microorganismes du sol peuvent en peu de temps attaquer la roche-mère du sol (ils doivent ramer dans certains cas car elle doit etre profonde dans certains sols) et libérer ainsi des éléments minéraux (en marchant sur le sol faites attention à ne pas vous faire « attaquer » par ces organismes redoutables!) , on a effectivement pas le choix que de réaliser des apports de matière organique solide de préférence (fumier ,compost de déchètterie,….
        Et là en y ajoutant les techniques de sans labour avec des rotations adaptées , ça marche..
        En aparthé, il est vrai que la Suisse a intéret à donner une image « écolo » de son agriculture , quand on sait d’ou provient sa richesse…..là c’est moins « écolo »!!

        • Philomenne
          5 mai 2015 at 12 h 06 min

          En fait, nous sommes d’accord sur à peu près tout. Si ce n’est que je ne peux pas détailler autant dans mes billet sous peine de « noyer » mes lecteurs qui, pour la majorité, ne sont pas du domaine agricole.

  7. toohlil
    26 décembre 2014 at 13 h 49 min

    Merci pour vos réponses, mais j’y aperçois encore pas mal de réflexes productivistes assez traditionnels, justement. Je n’essaie pas du tout de vous coincer sur vos éventuelles convictions profondes, je souhaite juste que le lecteur (et vous) ait la possibilité d’apercevoir des alternatives informées et appliquées.

    Concernant le cycle de l’azote, sur lequel vous ne semblez pas être complètement informée (la formation en France laisse à désirer, et on sait pourquoi!) il serait intéressant de mieux mettre en valeur le rôle des bactéries (comme rhizobium), des champignons, des vers de terre, de la roche mère, des interactions cyanobactéries-racine (cas de légumineuses), des modes de synthèse naturels de l’azote ambiant, de stratégies de rotations, de couverture, de restitution, de compostage, et ce hors lisier, purin ou fumier. Bref d’un sol vivant qu’on connait mieux.

    Un petit peu de lecture issue de séries d’expérimentation en Suisse :
    http://www.agribio-aquitaine.fr/ressources-techniques/grandes-cultures/547-exp%C3%A9rimentations-en-grandes-cultures-bio,-sans-b%C3%A9tail-2
    http://www.vegetarismus.com/heft/f2007-3/fermes_bio.htm

    Et la présentation du travail d’une microbiologiste des sols canadienne:
    organicfederation.ca/sites/documents/chantal_hamel_final_fr.pdf

  8. Camille
    23 juillet 2015 at 22 h 44 min

    Bonjour
    J’ai découvert votre blog récemment c’est pourquoi je réagis si tard à cet article. Je suis plutôt d’accord avec vos analyses pour les billets les plus récents que j’ai pris le temps de lire.
    Concernant cet article, je voulais réagir concernant la méthanisation. Vous dites que c’est plutôt une bonne chose car cela permet de récupérer le méthane qui, sinon, partirait dans l’atmosphère. Sur ce point, je ne suis pas d’accord. Ce méthane provient du carbone de la matière organique contenue dans les fumiers. La méthanisation fait sortir ce carbone du cycle logique de la matière organique dans les exploitations agricoles qui veut que les fourrages et les pailles qui sont exportés des parcelles y retournent en partie à travers le fumier. Cela est important pour entretenir les stocks de nutriments utiles aux plantes mais aussi le stock de carbone du sol qui assure sa stabilité structurale, sa capacité de rétention en eau et sa biodiversité. Les digestats issus de méthanisation sont pauvres en carbone. Ce processus participe donc à l’appauvrissement des sols en matière organique. C’est pourquoi je considère que la méthanisation doit être envisagée avec beaucoup de précautions. Comme vous le dites bien, il ne faudrait pas que l’on cultive du maïs pour alimenter le méthaniseur mais il faut également s’assurer que l’on n’empêche pas l’entretien, voire l’enrichissement, du stock de matière organique du sol.
    Au plaisir de vous lire.

    • Philomenne
      24 juillet 2015 at 20 h 39 min

      Certes. D’un autre côté, j’ai tendance à penser que cet inconvénient n’est pas trop difficile à pallier alors que, par ailleurs, la méthanisation est beaucoup moins problématique que le pétrole ou, pire encore, le nucléaire.

  9. 12 janvier 2016 at 10 h 14 min

    Je reviendrai lire les coms en détail tout à l’heure.

    Je viens de lire un article sur cette ferme : http://www.parismatch.com/Actu/Environnement/Mise-en-demeure-pour-la-ferme-usine-des-1000-vaches-780106

    Il semblerait qu’il n’y aie qu’un roto….

    C’est franchement plus problématique, non ?

  10. Chasam
    25 juillet 2016 at 23 h 03 min

    Bonsoir,

    Je ne suis pas du tout du milieu agricole mais je me cultive en lisant vos billets…

    Si j’ai bien compris, dans le domaine de l’agriculture, c’est le même mot d’ordre que dans l’industrie : toujours plus, plus vite, moins cher… sinon on n’est pas compétitif et on ferme.
    Comme alternative, vous parlez d’agriculture paysanne. Je me l’imagine comme une exploitation ou le ratio vaches/paysans est beaucoup plus petit que dans le cas de la ferme des mille vaches, où la mécanisation est moins poussée, où les vaches ont encore un nom plutôt qu’un numéro (merci de corriger/valider ma représentation des choses). Mais j’ai du mal à me rendre compte de la viabilité économique de cette approche.
    Pourriez-vous décrire une exploitation de ce type (taille de l’exploitation, nombre de vaches, nombre de personnes y travaillant, production envisageable à l’année, revenus dégagés pour l’exploitant) et nous dire si elles s’en sortent économiquement ?

    Merci pour votre réponse.

    • Philomenne
      7 août 2016 at 12 h 08 min

      Merci pour votre commentaire. Je valide absolument votre représentation, du moins dans l’esquisse que vous en proposez.
      Je retiens l’idée de billet… Il me faudra peut-être un moment. Mais j’ai noté.

    • A. Maigrenome
      18 août 2016 at 11 h 02 min

      Pour la viabilité économique d’une agriculture non industrielle, regardez celle de l’agriculture industrielle : subventions directes, indirectes, pollution payée par les pollués, exploitations minières non durables… Malgré ces déversements massifs d’argent public et externalisations scandaleuses, regardez le revenu des gros exploitants, surtout par rapport aux capitaux investis.
      Si vous avez quelques loisirs et moyens de locomotion, allez rendre visite à des « paysans ». Les associations d’agriculteurs biologiques vous en signaleront proches de chez vous. Sont-ils heureux, quel est leur train de vie, de quoi manquent-ils ? Allez ensuite voir un « industriel » et posez-vous les mêmes questions, votre reportage intéressera tout le monde. Vous pouvez même vivre plusieurs jours sur une ferme bio (Woofing) : http://www.wwoof.fr/
      Pour vivre plusieurs jours sur un élevage concentrationnaire, demandez aux industriels intégrateurs des adresses. Si vous y arrivez, vous nous direz aussi où l’on vit le mieux, sans parler des animaux.
      Les produits issus sont plus chers que ceux de premier prix dans les pourrimarchés, mais combien coûtent les maladies ? Quand je dis que la Sécurité Sociale en nous fait pas que du bien, je me fait huer et pourtant…
      J’ai suivi un cours en ligne sur l’environnement et la santé, c’est édifiant. https://www.fun-mooc.fr/courses/parisdescartes/70001/session01/about
      Je résume : les politicants laissent l’industrie nous empoisonner pour faire fonctionner l’industrie de la maladie et nous tenir par la peur du coût des soins.

  11. jean-claude audidier
    11 août 2016 at 23 h 06 min

    Rien à dire sur votre article qui est très sérieux. Mais il y a un problème de fond qui est peut-être regrettable mais qui est : le consommateur le plus courant, probablement 90% de la population, veut dépenser le minimum pour son alimentation. Il va au supermarché et achète en fonction du prix car IL VEUT consacrer son argent à son habitation et aussi à ses smartphones ou autres produits internet VOD etc… donc 2 agricultures, le haut de gamme pour, grossièrement, les restaurants, avec au moins une assiette où le menu sera à 50€, et la note plutôt proche des 100€ par personne, et l’alimentation de tous les jours et là c’est l’alimentation industrielle comprise par les allemands qui, si j’ai bien lu, ont un grand nombre de fermes de 1000 vaches. Chaque agriculteur devra choisir le haut de gamme ou l’industrialisation. On peut regretter mais l’agriculteur doit choisir pour sa survie.

    • Philomenne
      18 août 2016 at 14 h 44 min

      Est-ce le consommateur qui VEUT consacrer plus d’argent à son logement ? Ou est-ce une obligation ? Rappelons que ces dernières décennies, les prix de l’immobilier ont considérablement augmenté (je me rappelle avec nostalgie mon premier appartement, que je louais 500 Francs par mois, alors qu’aujourd’hui le même appartement dans la même ville coûte plutôt 600…€ !). Et donc, si on veut habiter quelque part, on n’a pas tellement d’autre choix que de consacrer une grande part de son revenu à son habitation. Il n’est ainsi par rare, pour ceux qui peuvent acheter, de s’endetter sur 20, 25 voire 30 ans et en dépassant largement le seuil autrefois considéré comme infranchissable des 30% d’endettement. Alors bon, dire que le consommateur VEUT, c’est peut-être aller un peu vite en besogne. Quant à l’opposition « nourriture de qualité ou smartphone », que j’entends très souvent, j’aimerais rappeler que pour une part non négligeable de nos concitoyens, le choix se résume à « ni l’un ni l’autre ». Chacun fait comme il peut…

      Pour le reste de votre commentaire, pardon mais je ne suis pas certaine d’avoir très bien compris ce que vous vouliez dire.

  12. A. Maigrenome
    12 septembre 2016 at 15 h 24 min

    Pour le logement, ce n’est pas une décision divine qui a fait grimper les prix en France, mais bien une succession de choix politiques délétères. Depuis les normes qui s’empilent pour le logement urbain jusqu’à la chasse aux auto constructeurs à la campagne en passant par la résidence secondarisation, prélable à luberonisation et gentryfication qui intéresse tant les élus de tout bord, sans oublier le croissancisme qui agit aussi sur le nombre de consommateurs donc d’habitants. Tant pis si tout ceci est fait au détriment des générations futures, que ce soit par endettement financier ou pollution généralisée, c’est le fameux taux de croissance du fameux PIB qui compte.
    A ce propos, une citation hélas toujours d’actualité: Notre PIB prend en compte dans ses calculs la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les verrous spéciaux que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que l’abandon de notre merveilleuse nature à un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il tient compte du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il tient compte de la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne rend pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. Robert Kennedy (1925-1968) Discours le 18 mars 1968, 80 jours avant d’être assassiné.

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