Suicide et pesticides : une synthèse brésilienne

Les agriculteurs sont les premières victimes des pesticides. Troubles de la reproduction, désordres immunologiques, problèmes dermatologiques, effets neurotoxiques et cancers, leurs nombreux effets néfastes sur la santé sont maintenant reconnus. En attestent notamment les formations « certiphyto » qui sont actuellement dispensées de manière obligatoire à tous les utilisateurs professionnels de produits phytosanitaires : si on organise des formations au cours desquelles on explique aux agriculteurs quels sont les dangers des pesticides (et quels sont les moyens dont ils disposent pour s’en protéger), c’est que l’on reconnait maintenant officiellement ces dangers.

Il existe cependant un autre effet moins connu : l’augmentation des risques de suicides par leurs utilisateurs. Il est certes difficile, dans un problème aussi complexe que le suicide, de faire la part des causes, qui sont souvent à la fois psychologiques et sociales. Néanmoins, plusieurs études menées au Brésil depuis la fin des années 1980 ne laissent aucun doute quant au rôle favorisant du contact avec les pesticides, notamment les organophosporés.

Dans une synthèse de ces études, Carlos José Soussa Passos montre que l’exposition aux pesticides provoque des troubles psychiatriques et neuropsychiatriques mineurs. Ces troubles, qui sont principalement l’anxiété et la dépression, favorisent les comportements et les actes suicidaires. Parmi ceux qui sont cités, certains travaux montrent sans ambiguïté le rapport de cause à effet, en mettant notamment en évidence la recrudescence des suicides par les utilisateurs pendant les périodes d’application de ces produits et leur plus grande fréquence dans les régions de cultures intensives.

Ainsi, les causes du suicide en milieu rural ne relèveraient-elles pas seulement de la psychiatrie mais aussi de la toxicologie… L’article de Carlos José Soussa Passos montre qu’après cette première série d’études, la question du rapport entre intoxication chronique (faibles doses mais régulières) et suicide mériterait d’être étudiée sérieusement.

En France, à l’heure où le ministre de l’agriculture présente un plan de lutte et évoque, à juste titre, la solitude, la crise, les conditions de travail, le stress… il est regrettable que le rôle des pesticides soit passé sous silence en tant que facteur favorisant.

 

Mes sources : L’article de Carlos José Soussa Passos, « Exposition humaine aux pesticides : un facteur de risque pour le suicide au Brésil ? », se trouve sur cette page (sa bibliographie, qui fait la liste de toutes les études qu’il a consultées, est à la fin).

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17 comments for “Suicide et pesticides : une synthèse brésilienne

  1. isa
    14 avril 2012 at 8 h 09 min

    J’ai vu en vitrine un livre de Jean Marie Pelt « cessons de tuer la terre pour nourrir l’homme », bien envie de l’acheter…

    Et puis très en colère : un nouveau voisin, vient de désherber (chimiquement) intégralement sa bordure le long de la route : c’est moche, il est le seul dans le quartier mais il ne se pose pas de question.

    • Philomenne
      14 avril 2012 at 12 h 00 min

      Y a encore du boulot à faire pour informer et prévenir. Beaucoup, beaucoup de boulot…

  2. Anne-Marie
    14 avril 2012 at 20 h 08 min
    • Philomenne
      14 avril 2012 at 21 h 00 min

      Merci pour la référence. J’ai entendu parler de ce reportage mais comme je n’ai pas la télé, je ne le verrai pas cette semaine. Je le regarderai dès qu’il sera disponible en DVD.

  3. gene
    18 avril 2012 at 13 h 52 min

    http://www.pluzz.fr/la-mort-est-dans-le-pre-2012-04-17-22h40.html

    Bonjour,

    j’espère que vous pourrez regardez ce programme ;

    ça fait réfléchir sérieusement tous ces problèmes

    • Philomenne
      18 avril 2012 at 20 h 00 min

      Merci beaucoup pour le lien.

  4. Anne-Marie
    18 avril 2012 at 15 h 18 min

    Pas vu le documentaire car pas de télé. Mais dès qu’il sort en DVD je me le procure.

    Ici dans une commune voisine : http://bassenge.blogs.sudinfo.be/archive/2012/04/13/a-proximite-noix-de-coco-et-mais-contre-mauvaises-herbes.html

    Ce qui n’est pas le cas dans ma commune, comme vous pouvez le lire dans mon commentaire.

    • Philomenne
      18 avril 2012 at 20 h 00 min

      Voilà, le documentaire est visible en replay sur internet.

      Merci pour le lien, je vais voir ça.

  5. 18 avril 2012 at 22 h 00 min

    Bonjour Philomenne,

    Je suis d’accord avec tout ce que tu dis sur les pesticides et il faut que cela stoppe mais c’est dur de toujours faire porter le chapeau aux agris quand on voit tous les abus qui se font dans les jardins particuliers et là il ne vaut mieux pas voir les surdosages utilisés ( roundup dans les potagers, decis sur des cerises pratiquement mures pour tuer quelques chenilles…) et des exemples comme dis Isa à volonté … tout le monde doit se rendre responsable, à chacun son échelle

    Tibouchina

    • Philomenne
      18 avril 2012 at 23 h 00 min

      Oui, je suis d’accord sur le fait qu’on ne règle rien en faisant des agriculteurs des pollueurs inconscients ou cyniques. Néanmoins, ces études n’ont absolument pas cet objectif, au contraire. Il s’agit de montrer que ce sont eux, les premières victimes.

      D’accord aussi sur le fait que les particuliers abusent et n’en font jamais les frais. Mais j’ai un avis assez tranché sur la question : ils ne devraient pas y avoir accès. Ces produits devraient être réservés aux professionnels, tant en raisons des risques de pollution que des risques pour leur santé (ils n’ont pas accès aux formations « écophyto »).

  6. dorigord
    19 avril 2012 at 11 h 50 min

    Ayant été avertie par plusieurs amies, j’ai regardé le documentaire hier sur internet.
    Je copie le commentaire que j’ai envoyé à « paysan heureux » :

    Il doit bien y avoir un moyen de faire pousser des céréales et autres productions sans produits, peut-être en utilisant d’autres variétés plus résistantes, même si elles sont moins productives.
    Ceux qui produisent en bio, doivent bien avoir résolu le problème, pourquoi ne l’enseigne-t-on pas dans les lycées agricoles? Sont-ils aussi financés par les grands groupes?
    Depuis qq années, j’essaie de convaincre mon entourage (fils éleveur) (sans grand succès) de stopper ces traitements. Comment faire?

    Car je suis sûre qu’il doit exister des solutions en sélectionnant des semences résistantes aux maladies. Le problème en est le financement car il n’y aurait plus de marché pour les grands groupes. A moins qu’une prise de conscience générale se fasse jour chez les consommateurs et aussi chez les agriculteurs pour que les pouvoirs publics prennent en charge cette recherche.
    Quant aux jardiniers, ils sont irresponsables, d’autant plus que leurs revenus ne dépendent pas du potager

    • Philomenne
      19 avril 2012 at 21 h 00 min

      Merci pour ce commentaire. Beaucoup, beaucoup de choses dedans… si bien que la réponse va mériter un billet, je crois. A bientôt.

  7. Anne-Marie
    19 avril 2012 at 15 h 59 min

    des agriculteurs ont changé de méthode et ont cessé de nous empoisonner et eux avec et apparemment ils en vivent, parfois mieux. Alors le fatalisme des autres me révolte. Comme l’a dit S. de Beauvoir « Dès qu’on croît en elle la fatalité triomphe.

    Tous ces poisons devraient être tout simplement interdits à tous.

    Maintenant on sait, et les jeunes agriculteurs qui continuent ces méthodes en connaissance de cause, se conduisent comme des empoisonneurs.

  8. 18 avril 2014 at 22 h 20 min

    Philo , tu devrais pouvoir voir ce reportage sur le net …

    Des efforts sont faits par exemple la SNCF n’utilise plus de désherbants mais fait de l’élagage, sévère certes, mais au moins plus de produit sur les bords des voies ferrées…

    Mais ces efforts ne sont pas suffisants comme tu le dis Tibou, ces produits ne devraient pas être en vente libre et selon moi interdits purement et simplement.

    Quelques responsables communaux s’engagent enfin pour ne plus utiliser ces produits, (la nôtre par exemple) pourtant cette décision ne fait pas l’unanimité dans les administrés… difficile de changer ses habitudes…

    • Philomenne
      19 avril 2012 at 21 h 00 min

      ça y est, je l’ai vu !

      Merci pour tous ces commentaires. Mamienne, je plussoie, que dire d’autre ? On progresse si lentement… Il y a du travail pour sensibiliser, informer, proposer une autre vision.

  9. pedro rojo
    13 novembre 2014 at 12 h 16 min

    Merci de l’info .

    • Philomenne
      13 novembre 2014 at 12 h 53 min

      Merci pour votre commentaire et merci de vous être abonné.
      J’en profite pour vous dire que ce billet est un ancien billet, comme presque tous ceux que je publie ici en ce moment, parce que je continue mon déménagement. Vous risquez donc de recevoir beaucoup de notifications dans les jours à venir. J’espère que ça ne vous dérange pas (je crois qu’il me reste encore une cinquantaine de billets à déménager).

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