Les agricultures biologiques

Les agricultures biologiques, au pluriel, car il y en a plus d’une.

L’agriculture a longtemps été « biologique » par définition, puisque seuls des procédés naturels étaient employés pour les cultures. Il n’existait rien d’autre.

Tout a commencé à changer au début du XXème siècle, pendant la « troisième révolution agricole »*. On croit souvent que la notion d’agriculture biologique est apparue longtemps après. En fait, c’est parallèlement, qu’elle s’est développée. Les fondateurs de l’agriculture biologique ont commencé dès le début, chacun de son côté, à douter de l’intérêt et de l’innocuité à long terme des intrants chimiques. Ils ont été à l’origine d’un mouvement alternatif qui a remis en cause les méthodes prônées par les chimistes de l’agronomie à mesure qu’elles se développaient. Ils reprochent en effet à l’agrochimie un certain « réductionnisme scientifique », c’est-à-dire de ne pas envisager l’entière complexité des phénomènes biologiques. A l’inverse, la démarche agrobiologique se présente comme une approche globale de l’agriculture.

Depuis le début, tout y était : la chimie contre l’approche globale. Aujourd’hui, les termes du débat n’ont pas changé.

Qui sont ces fondateurs ?

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Albert Howard (1873-1947)

 

  HansMuller

Hans Müller (1891-1988)

 (et sa femme Maria)

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Hans Peter Rusch (1906-1977)

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   Rudolph Steiner (1861-1925)

 

Masanobu-Fukuoka  Masanobu Fukuoka (1913-2008) bill_mollison2

Bill Mollison (1928-)

Des points communs

Pour tous ses fondateurs, l’agrobiologie considère la plante dans son contexte (le sol et le climat) et elle envisage aussi l’exploitation comme un ensemble d’éléments interdépendants. C’est pour cette raison, par exemple, que l’exploitation bio ne devrait normalement travailler qu’en polyculture-élevage ; même si aujourd’hui le cahier des charges fait des concessions sur ce principe. Mais la question centrale, c’est celle de l’intervention de l’homme dans les processus. Ils posent tous à leur manière la question de l’opposition traditionnelle entre nature et culture. Et dans la mesure où une activité agricole est une activité humaine -c’est-à-dire culturelle- imbriquée dans la nature, qui en régit le fonctionnement, les premiers théoriciens du bio renoncent à l’opposition nature / culture et envisagent plutôt un continuum, depuis le contrôle maximal jusqu’à l’absence d’intervention. Et tous se demandent où doit se situer leur « curseur théorique » sur cet axe.

… et des différences.

C’est sur cette question de l’intervention que se distinguent le plus les différents penseurs de l’agriculture biologique. La théorie de Steiner incite à l’action, par l’application de préparations, la fabrication de composts, un calendrier d’interventions précis, guidé par l’astronomie et l’astrologie. Même si ces actions sont très différentes de celles de l’agriculture conventionnelle, c’est une méthode plutôt interventionniste. Elle s’oppose à la théorie de l’agriculture naturelle de Fukuoka qui cherche le plus possible l’imitation de la nature et la non intervention. Le modèle de Fukuoka est l’écosystème forestier. Il rejette l’intérêt du compost en tas et préconise seulement un compostage de surface. Il propose de mettre en place un système permettant ensuite de ne pas agir, ou presque… en dehors du semis et de la récolte. En fait, ce qui oppose Steiner et Fukuoka, par rapport à l’agriculture conventionnelle, c’est que l’un propose de « faire autrement »  et l’autre de « faire moins ».

La cause de cette différence se trouve dans la spiritualité liée à ces théories. Pour Steiner, l’homme « produit le cosmos » autant qu’il le subit, il est donc autorisé à agir, comme n’importe quelle entité vivante. Pour Fukuoka au contraire, l’humanité doit respecter la nature et doit pour cela l’accompagner ou l’imiter et non pas la contraindre. Il oppose le non-agir bouddhique à l’ »activisme » de l’agriculture chimique. La permaculture telle qu’elle a été définie par Bill Mollison (et David Holmgren) est également en faveur de ce non-agir ; elle ressemble beaucoup à l’agriculture naturelle. Et ces théories sont suffisamment opposées pour qu’il soit impossible de les concilier : biodynamie ou permaculture, il faut choisir. Laquelle est la meilleure ? C’est une question de convictions.

Les autres fondateurs se situent entre ces deux extrêmes. Howard est par exemple convaincu de la nécessité de moins agir et de chercher à imiter la nature mais Fukuoka lui reproche de ne pas pousser assez loin son modèle. Cela étant, c’est de ces intermédiaires qu’est issue l’agriculture biologique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, hors permaculture ou biodynamie revendiquées.

Les théories fondatrices de l’agriculture biologique étaient toutes fortement imprégnées de spiritualité. C’est qu’elles étaient conçues non pas seulement pour être des modèles agronomiques mais surtout pour être des modèles de vie et de société. Elles font une critique radicale du capitalisme et de l’industrialisation outrancière. Leur objectif n’est pas seulement de promouvoir une agriculture différente. Il est de soutenir une véritable promotion sociale des paysans et d’encourager une agriculture à petite échelle, de s’opposer à la « froideur capitaliste » et de parvenir autant à une certaine « écologie économique » qu’à l’écologie des pratiques agricoles stricto sensu.

Longtemps, ces théories sont restées aux mains de leurs pratiquants et de leurs partisans. C’est la création de l’IFOAM, organisation fédératrice internationale, en 1972, qui a permis à l’agriculture biologique d’être reconnue officiellement au niveau mondial. En France, le premier cahier des charges officiel date de 1981 et en Europe, de 1991. Il définit seulement les techniques à mettre en oeuvre, les restrictions, les dates… sans s’occuper des dimensions idéologiques. La spiritualité des théories de l’agrobiologie est aujourd’hui souvent laissée de côté par ses pratiquants. L’occultisme Steinerien est particulier, parfois qualifié de sectaire, et on peut pratiquer la biodynamie sans se reconnaître dans ses fondements spirituels. La dimension bouddhiste de l’agriculture de Fukuoka peut sembler opaque à bien des occidentaux, qui préfèrent généralement la permaculture telle qu’elle a été définie par Bill Mollison. La composante politico-économique est parfois mise en pratique, par exemple dans le cadre de la vente en AMAP. Mais ce n’est pas toujours le cas et il y a des exploitants qui s’en tiennent à la stricte application du cahier des charges.

Au final, l’agriculture biologique aujourd’hui se concentre essentiellement sur l’interdiction des intrants chimiques et des OGM et, s’agissant de la production végétale, sur la préservation de l’environnement, de la qualité des sols et des ressources naturelles. Le rajout d’impératifs supplémentaires est laissé à la libre appréciation de chacun ou des labels privés, comme Demeter. Il y a donc une contrainte partielle, si on la compare aux préceptes des fondateurs, mais déjà exigeante par rapport à l’agriculture dite « conventionnelle ». Cependant, avec, d’un côté, la dernière réglementation sur l’agriculture biologique (1er janvier 2009) qui assouplit certaines obligations et, d’un autre côté, de plus grandes exigences environnementales en agriculture conventionnelle, il y a actuellement un rapprochement indéniable des deux méthodes.

 

* La première, c’était le néolithique, la deuxième, l’invention de la charrue, la troisième, l’arrivée de la chimie : engrais et pesticides.

Mes sources principales : la thèse d’Yvan Besson, Histoire de l’agriculture biologique : une introduction aux fondateurs, Sir Albert Howard, Rudolph Steiner, le couple Müller et Hans Peter Rusch, Masanobu Fukuoka (un travail vraiment remarquable, même si je lui reproche de confondre l’agriculture naturelle de Fukuoka et la permaculture et de faire l’impasse sur Bill Mollison.)

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15 comments for “Les agricultures biologiques

  1. Lazuli66
    19 mai 2012 at 10 h 01 min

    Très intéressant, ce billet. Merci !

  2. dorigord
    19 mai 2012 at 17 h 47 min

    C’est très intéressant de voir la progression et l’évolution de l’agriculture.
    Mais tu parles peut-être plus du maraichage que des « grandes cultures »

    Comment concilier la biodynamie ou la permaculture avec de grandes superficies?
    J’avais posé la question à Konrad Schreiber au sujet du BRF, et lorsqu’on calcule le nombre de mètres cubes de BRF nécessaires pour 1 Ha, on se rend compte que c’est quasiment impossible pour 20 ou 30 Ha. La solution du réseau BASE est de semer des « engrais verts » qui servent de couverture avant semis, et donc de faire un semis sous couvert. Le sol redevient vivant, le couvert empêche (en principe) la levée des adventices, mais je ne sais pas où peut se placer cette méthode entre la biodynamie et la permaculture.
    Les régions sont souvent spécialisées, de par la structure des sols, soit en élevage (que faire du fumier?) soit en céréales (que faire de la paille et où trouver du fumier?, quoique maintenant, il est interdit de brûler les pailles)

    Se pose la grande question de la formation en lycées agricoles qui sont financés souvent par des grands groupes de semences et de produits phytos et qui sont loin d ‘enseigner l’agriculture bio, l’agroécologie. Certains lycées agricoles privés le font plus volontiers, tout dépend aussi des enseignants.

    Je pense qu’il faudra encore beaucoup d’années, beaucoup de films comme ceux de Marie-Monique Robin, de Coline Serreau ou de Eric Guéret (la mort est dans le pré) pour changer les habitudes.

    Merci encore pour tous tes posts passionnants

    • Philomenne
      19 mai 2012 at 22 h 00 min

      Merci pour ce long commentaire.

      En fait, la biodynamie et la permaculture ne concernent pas que le maraichage. ça dépend.

      La biodynamie marche très bien en grande culture. J’ai connu par exemple un producteur de céréales en biodynamie. Un autre en viticulture (en appellation Champagne). ça marche aussi bien sûr pour le maraichage, mais aussi pour l’arboriculture, l’élevage… Le label privé Demeter a un cahier des charges assez détaillé, exigeant (on peut le consulter sur leur site) et qui concerne toutes les productions. De toute façon, il impose la polyculture-élevage.

      Pour la permaculture, c’est différent parce qu’il ne s’agit généralement que de petites surfaces. Comme ce sont des systèmes dont la cohérence dépasse le niveau de l’unité de production et envisage tout ce qui fait une vie quotidienne, si possible dans une communauté, je dirais que par définition, les grandes cultures, sont difficiles à intégrer dans un système en permaculture. Mais j’avoue que je ne sais jamais très bien comment les tenants de la permaculture envisagent la production de céréales (le blé, le riz…). Je ne suis pas encore arrivée à trouver des réponses sur ce point.

      En grandes cultures, effectivement, il est difficile de faire du BRF (encore que, il me semble me rappeler que dans le numéro de Terre à terre dans lequel intervient Konrad, l’agriculteur qui est avec lui le pratique sur des grandes surfaces, ou est-ce ma mémoire qui flanche ? Ce serait à vérifier.) Mais les couverts végétaux sont une alternative intéressante.

      S’agissant des TCS, semis sous couvert, etc. en fait, ce ne sont pas des techniques bio. Beaucoup d’exploitants qui pratiquent les TCS utilisent des pesticides, notamment le glyphosate pour détruire certains couverts. Il n’est pas rare que les marchands de désherbants, fongicides… soient derrière les associations de promotion des TCS (Si mes informations sont exactes, à ses débuts, BASE était subventionnée par M*nsanto.) C’est d’ailleurs leur point faible, à mon avis. Mais là aussi, ça bouge et il y a maintenant des producteurs bio qui adhèrent à BASE et des activités qui leurs sont dédiées.

      Quant à la formation, je crois que ça dépend vraiment des endroits. Lorsque j’étais en BTS (lycée agricole de Saintes), notre prof d’agronomie était un exploitant qui pratiquait l’agriculture intégrée (forte réduction des intrants et TCS) et n’enseignait que cela. Ailleurs, on en est encore à « respectez la dose prescrite ». Il y a aussi des filières spécifiquement bio, qui permettent par exemple de faire un BTS en agriculture biologique… Il me semble que la diversité est très grande.

      Quant à la spécialisation des régions, pour moi c’est un vrai gros problème, surtout à moyen-long terme, étant donnée la hausse prévisible du prix du pétrole… disons pour faire court, qu’on va avoir un « petit souci » quand le prix des carburants s’envolera et qu’il serait urgent de relocaliser et rediversifier la production au niveau local… (y a du boulot !)

      • dorigord
        21 mai 2012 at 19 h 35 min

        Merci pour ta réponse.

        Effectivement, Konrad Schreiber disait bien que sa méthode n’était pas « bio », mais écologique, que pour se débarrasser d’une biomasse importante et non gélive, il n’y avait pas d’autres solutions que le glyphosate. Par contre, je ne savais pas que Monsanto était derrière leur démarche.

        Je croyais qu’il avait cette attitude pour encourage tous les agriculteurs à faire une première démarche de semis sous couverts, pour qu’ensuite, ils s’orientent naturellement vers le bio.
        Un groupe de jeunes agriculteurs de la région de Sarlat, soutenus par qq enseignants d’une maison familiale rurale, mettent au point le semis sous couvert, mais pour le moment, sont bloqués par la maitrise des adventices.

        Quand ils auront bien avancé dans leurs démarches, beaucoup d’autres jeunes suivront leurs expériences.(y compris mon fils) Chaque région a des spécificités de qualité de sol, qu’il faut apprendre à connaitre pour ne pas aller vers l’échec.

        Je pense que ça commence à bouger. Mais cela risque d’être long.

        • Philomenne
          21 mai 2012 at 22 h 00 min

          Monsanto était derrière BASE au début mais je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui. Cela dit, je ne remets pas en cause l’intérêt de ces nouvelles techniques (ni la sincérité de Konrad), au contraire. J’ai travaillé plus spécifiquement sur le non labour en bio et comme tu le soulignes, la question la plus importante est celle de la maitrise des adventices quand on ne laboure pas et qu’on n’utilise pas de désherbant.

          Pour les couverts, en bio il est parfois possible de faire une destruction mécanique (un broyage ou un roulage). Il y a encore des pistes à explorer en la matière mais il y a des gens qui y travaillent un peu partout. (Les travaux de recherche appliquées sont souvent multi-sites pour prendre en compte, en effet, la diversité des sols. Ce qui est valable dans un sol argileux ne l’est pas pour un sol limoneux, etc.) Tout ça est absolument passionnant, et prometteur.

  3. 29 mai 2012 at 8 h 41 min

    Article intéressant ! J’apporte mon grain de sel, mais je ne connais pas la BD plus que les clichés habituels,

    en tout cas il est certain que BD et perma ne se pas incompatibles, vu qu’Holmgren inclut la BD dans sa fleur perma. La BD m’a l’air très interventionniste (limite exclavagiste avec leur nombre de tours à faire à leur préparations), mais la perma ne restreint rien et chacun peut mettre bcp de temps et d’énergie si le bénéfice en vaut le cout (ex: le potager).

    La perma peut etre tres interventionniste dans la mise en place des systèmes, contrairement à fukuoka (cela dit il se base sur des terasses rizieres); mais bcp moins dans la maintenance et gestion sur le principe, et c’est vrai que sur ce principe elle a tendance à s’éloigner des techniques lourdes comme la BD et la biointensive, mais encore une fois, ce que j’aime bien avec la perma, c’est que tout est permis., et qu’on peut piocher ce qui nous convient suivant la situation

    • Philomenne
      29 mai 2012 at 12 h 00 min

      Je ne pouvais malheureusement pas rentrer dans tous les détails. Entre permaculture et biodynamie, il sûrement des choses compatibles mais il y a des limites. Sur l’exemple que je cite : l’une dit qu’il faut faire du compost, l’autre dit qu’il ne faut pas… A un moment il faut trancher.

      J’aime aussi beaucoup le fait qu’avec la permaculture, chacun fait à sa sauce, en fonction de son sol, du paysage, de son tempérament… Sur le principe, j’ai un petit peu du mal avec cette rigidité de la biodynamie et avec le fait qu’on ne sait pas comment ça marche (j’aime comprendre…) mais le fait est que ça marche, et même très bien, et même chez des gens qui au départ affichaient le plus grand septicisme.

      • 30 mai 2012 at 7 h 51 min

        Je ne pense pas qu’il soit écrit quelques part dans un bouquin de permaculture que faire du compost est interdit. Il y a même un DVD de Lawton ou il explique comment faire du composte en peu de jours. En général les permaculteurs préfèrent composter sur place ou donner les déchets aux poules, mais rien n’empêche de faire du compost selon la situation.

        J’ai oublié d’en parler, mais la perma s’intéresse beaucoup aux grandes surfaces aussi (en Australie il y a beaucoup d’espace). Voir par exemple les travaux de Yeoman, ou le « broad acre agriculture » de Darren Doherty qui mixe permaculture, holistic management et keylines system. Pour les céréales, Molisson a dit qu’il ne savait pas comment les intégrer à un système perma avant d’avoir lu Fukuoka

        • Philomenne
          30 mai 2012 at 12 h 00 min

          Moi j’ai lu que le compostage en tas (je précise : en tas) était, si ce n’est interdit (hou, le gros mot ! ), du moins fortement déconseillé. Mais il y a peut-être plusieurs écoles…

          • 31 mai 2012 at 9 h 12 min

            « Pas de compost » est une directive de l’agri naturelle. Peut être que tu as lu ça sur un site qui a assimilé les deux

  4. Romieu
    14 juin 2012 at 19 h 35 min

    Bonjour ma Philo,

    J’aime beaucoup cet article, qui repose bien les bases de l’agriculture bio. Tu évoques le label privé Demeter qui concerne, si je ne m’abuse, la biodynamie. Autre label intéressant : Nature et Progrès, privé aussi, également plus exigeant qu’AB, mais surtout extrêmement intéressant par son fonctionnement puisqu’autogéré/cogéré par les producteurs et les consommateurs. Ouh, le vilain mot ! Les mangeurs, peut-être ? C’est mieux, non, bien que les producteurs mangent aussi… ?

  5. pedro rojo
    13 novembre 2014 at 23 h 22 min

    Je sais que j’arrive en retard par rapport à la date du post mais bon … Autant bio et tout ce qui s’en rapproche me parait relativement accessible en maraîchage ( j’ai été élevé dans une ferme avec des légumes du jardin et des volailles de la basse cour qui étaient « bio  » sans qu’on le sache ) , autant en viticulture la biodynamie ma laisse perplexe … Le bio en viticulture est tout a fait possible avec le handicap de ne pas avoir recours aux anti-botrytis et donc des récoltes de très faible qualité certaines années . Ce n’est pas pour moi le plus grave , mais bien l’utilisation de cuivre pour lutter contre le mildiou et donc son accumulation dans les sols . Là aussi j’ai connu dans ma région qui était en retard sur le « progrès » le « bio » avant la lettre . J’aime pas trop les labels rigides avec des cahiers des charges , et pour moi l’idéal serait de pouvoir utiliser certains produits de la chimie de synthèse quand il est difficile de faire autrement . Le problème est que si on n’est pas labellisé « Bio « , le marché n’est pas intéressé et donc avec des prix de reviens plus élevés et avec moins de garantie sur la qualité du produit ( gustatif en vin ) il est quasiment impossible de trouver un équilibre économique .

    • Philomenne
      13 novembre 2014 at 23 h 41 min

      Merci pour votre commentaire (ne vous inquiétez pas, il n’y a pas de date limite pour commenter ;o))

      Sur la biodynamie en viticulture, très sincèrement, non seulement j’étais dubitative mais le viticulteur champenois que j’ai rencontré l’était encore plus que moi. Sauf qu’il a essayé sur une parcelle plusieurs années de suite et cette parcelle était la seule de tout le domaine à ne pas être touchée par le mildiou (alors qu’elle y était auparavant sujette, comme les autres). Sa perplexité n’était d’ailleurs même pas tellement entamée. Simplement il constatait ce fait que sur cette parcelle, point n’était plus besoin de cuivre. Je n’ai pas d’explication scientifique à proposer. Simplement ce constat.

      Sur le bio, je pense qu’on ne peut pas se passer d’un cahier des charges, parce que c’est une garantie. Mais tout comme d’autres cahiers des charges, par exemple ceux des des AOC (rebaptisées AOP).

      Quant à la possibilité d’utiliser quand même de temps en temps des intrants chimiques, c’est plutôt dans le cadre d’une politique de réduction des intrants qu’elle se situe.
      On ne peut pas le faire en bio parce que le bio est aussi une démarche : on cherche à recréer un équilibre naturel et à prévenir les problèmes. Si on applique de la chimie, on flanque tout par terre. Par exemple, en appliquant un insecticide, on va tuer les auxiliaires en même temps que les ravageurs, donc créer le besoin d’une autre intervention. En appliquant un fongicide on pénalise la microflore du sol et la mycorhization, donc on fragilise la plante qui devient alors vulnérable à d’autres problème, etc. C’est un cercle vicieux. Et puis il reste le fait que les intrants chimiques laissent des résidus qui sont néfastes pour l’environnement, pour la santé des consommateurs et… des paysans, qui sont les premières victimes de maladies qu’ils contribuent à créer.

  6. Romy38
    15 mai 2015 at 12 h 53 min

    Bonjour Philomenne
    Je suis tombée par hasard sur votre site, que je trouve particulièrement bien écrit, documenté et honnête.
    Pour la biodynamie cependant, il faut arrêter de rester dans l’opposition  » ca marche » ou « c’est stupide ».
    i)En agronomie (et en pédologie), un exemple isolé n’a jamais rien prouvé.
    ii) On a le droit de décortiquer les arguments.
    Sur le volet « astrologique » de la chose par exemple.
    L’un des arguments les plus fréquents qui me revient toujours : « l’influence de la lune est évidente, y a qu’a voir les marées…tu ne peux pas dire le contraire…si ca marche sur la mer, ca doit marcher encore mieux sur la sève etc etc etc « . Du coup le reste est gobé dans la foulée.
    Or ça, précisément, c’est une stupidité scientifique, alors que c’est pourtant très instinctif et semble de bon sens. Vous pouvez trouver toutes les explications dans le petit livre de Odile Guérin « comprendre les marées », et juste vous remémorer qu’il y a en général 2 marées par jour chez nous, (bien que la lune ne soit en haut qu’une fois), mais parfois une seule sur d’autres continents, que dans la Manche , à quelques dizaines de km, la marée peut être haute ou basse en même temps, que l’effet d’onde de marée est d’autant plus fort que la masse d’eau est grande (donc sur la sève d’un tite plante….c’est bien moins que ridicule, et notre présence attentive est bien plus efficace, en terme d’attraction).
    Par contre cette remarque n’enlève rien à la richesse de la symbologie lunaire, que je trouve fascinante, parce que construite probablement depuis la préhistoire et avant. Rappelons nous qu’avant les phares et l’électricité, les nuits de pleine lune claires étaient les seuls moments ou les serfs, les femmes , et autres esclaves (!) pouvaient travailler leur lopin, après leur journée de travail pour le propriétaire, et qu’un repérage mensuel est tout bêtement bien adapté au rythme de la végétation.
    Très cordialement

    • Philomenne
      15 mai 2015 at 16 h 50 min

      Merci pour votre message.
      Je suis un peu surprise par ce développement sur l’influence de la lune puisque je n’en ai pas parlé et je n’ai personnellement aucun avis sur la question. Quant au fait que la biodynamie fonctionne, c’est seulement un constat, que je ne peux pas véritablement expliquer mais qui est fait même par des personnes qui sont sceptiques sur le principe.

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