Ma ville en transition (feuilleton) chapitre 3.2

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Les petites phrases

 Je me dis certains jours que le plus difficile, ce n’est pas de commencer, non, le plus difficile, c’est de continuer. Maintenir l’intérêt, soutenir son propre effort, ne pas laisser retomber l’énergie. Même s’il y a des coups de mous, des périodes de découragement, remettre encore et encore son ouvrage sur le métier, malgré les petites choses agaçantes qui usent, à la longue.

Je ne m’attendais pas à être aussi épidermiquement agacée par le retour incessant de certaines petites phrases :

Mais faut pas vous inquiéter, ils vont trouver quelque chose. Ils ? Qui donc ? Qui se cache derrière ce « ils » dont on me rebat les oreilles ? Les décideurs ? Les chercheurs ? Les scientifiques ? Tant de confiance… Confiance en ceux d' »en haut », hautes sphères non identifiées, confiance comme celle de l’enfant pour son père,  confiance aveugle. Aveugle, oui. Se laisser prendre en charge et surtout, ne pas s’en préoccuper.

Plus de pétrole ? On s’en fiche, le temps que ça arrive, on sera morts. Peut-être. Et tes enfants ? Tes petits-enfants ? Les générations à venir ? Après toi le déluge ? Merci. Non, vraiment, merci. Je suis tentée de dire qu’avec des ancêtres comme ceux-là, les générations à venir n’auront pas besoin d’ennemis.

Plus de pétrole, oui, donc on est obligés d’avoir recours au nucléaire /aux gaz de schiste. Obligés ? Par qui, au juste ? Par quoi ? Etes-vous en train de me dire que vous êtes prêts à renoncer à votre santé pour pouvoir continuer à avoir une voiture ? Que votre confort local actuel est plus important que votre santé à long terme et que l’état de votre environnement ? Etes-vous suicidaire, en d’autres termes ?

Mais on peut pas faire autrement. On ne peut pas ? Sauf qu’on doit. Mais on ne peut pas. Dialogue de sourd. Cette volonté de ne pas entendre, de ne pas voir, « on ne peut pas » signifiant en réalité « cela n’arrivera pas, puisque je vous dis qu’on ne peut pas. »

Ah oui, mais tout ce gaspillage, tous les gens qui prennent la voiture pour faire deux cents mètres ! Les gens. Mais qui sont les gens ? L’autre ? L’autre qui brûle mon pétrole et boit mon eau ? L’autre, en oubliant que pour cet autre, les gens, c’est moi… L’autre est-il mon ennemi ?

Rassurez-vous, tous ces commentaires, en vrai, quand nous faisons des permanences ici ou là pour parler du pic pétrolier, je les garde pour moi. Je les garde pour moi, je souris et j’explique, ou du moins j’essaye. J’y vais doucement, l’objectif n’est pas de braquer mon interlocuteur mais de l’amener, si possible, à regarder la réalité et surtout, surtout, le fait que l’on pourrait faire autrement sans pour autant vivre plus mal et que l’anticipation des gros emmerdements pourrait bien nous aider à les minimiser et à ne pas trop dérouiller au final. Pas facile, tant les habitudes sont ancrées, tant le discours officiel a du poids, tant la peur est grande et aveuglante. Tout cela me rappelle un ancien cauchemar récurent de ma petite enfance, quand je rêvais que la maison brûlait et que j’étais seule à m’en apercevoir, que je criais, tempêtais, hurlais pour attirer l’attention sur l’incendie, sans obtenir d’autre résultat que l’indifférence des autres habitants de la maison1. Sauf que là, je ne peux pas me réveiller. Alors, je remets mon ouvrage sur le métier.

à suivre…

PS : A ceux qui me demandaient des nouvelles, concrètement, dans quelques jours aura lieu notre grrrrrand troc-don, fête de la générosité, de l’échange, du partage et de la gratuité. En gros,
c’est comme un vide-grenier mais sans argent. On donne, on reçoit. Et autour : pique-nique, animations, buvette, convivialité. Je vous laisse, je file trier mes graines et mes bouquins.

Le premier billet de la série se trouve .

1) Mesdames et messieurs les psychanalystes, à vos divans, vous m’enverrez vos notes d’honoraires !

 

 

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4 comments for “Ma ville en transition (feuilleton) chapitre 3.2

  1. Panthera Pardhus
    18 septembre 2012 at 20 h 07 min

    Plus je te lis, plus j’ai la « niaque ». Merci.

  2. isa
    19 septembre 2012 at 10 h 58 min

    Le problème est : on ne veut pas de contrainte, mais changer ses habitudes passe forcément par des efforts,des changements, des analyses et ça dans notre belle société de consommation, on n’y est pas habitué! moi j’ai très peur pour la nouvelle génération..j’étais hier soir à une réunion de rentrée au lycée, et ce que j’ai entendu m’a foutu le bourdon!

  3. JCC
    21 septembre 2012 at 20 h 45 min

    Pour ma part, afin de redevenir serein et de pouvoir sortir tranquillement toutes les phrases que vous citez, j’envisage de me faire lobotomiser…

    • Philomenne
      21 septembre 2012 at 23 h 00 min

      C’est facile, asseyez-vous devant certaines chaines de télé…

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