L’épi de maïs et le petit rat (1ère partie)

ptilucIl y a quelques temps que j’ai envie de parler de l’article que Gilles-Eric Séralini a publié récemment1 mais j’hésitais à le faire. Cet article, je n’ai pas pu le lire (pour cela il faudrait être dans le « sérail » des chercheurs, ou journaliste). J’ai seulement eu accès à un résumé. Comment en parler, alors ?

Beaucoup de tapage à son sujet et puis plus rien, comme toujours en matière de médias ; c’est même la première chose que je retiens. Cette étude, qui tend à montrer que les OGM sont dangereux pour la santé du consommateur, a été longuement commentée, décortiquée, examinée, critiquée. J’aimerais que les études tendant à montrer que les OGM ne sont pas dangereux soient décortiquées, examinées, critiquées de la même manière, au minimum.

l’EFSA2 a examiné les modalités de cette étude et rejeté ses résultats. Cet organisme européen qui a pour fonction de rendre des avis scientifiques sur des sujets de sécurité alimentaire ne mène lui-même aucune étude et ne cherche pas de données contradictoires. Ses avis sont élaborés sur la base unique du dossier scientifique (protocole et résultats) fournis par celui dont on examine le travail. L’EFSA donne des conseils, donc, pour les OGM comme pour le reste, elle n’a pas le pouvoir d’autoriser ou d’interdire une culture. Elle ne se prononce que sur un risque potentiel ou sur son absence. Cela étant, on peut supposer que nos « décideurs » tiennent compte de ses publications, sinon ils ne la financeraient pas.

Problème et non des moindres : l’impartialité des experts qui composent la commission-OGM de l’EFSA est loin d’être un fait acquis. Par exemple, le président de la commission d’experts sur les OGM à l’EFSA, Joe Perry, travaille pour Rothamsted Research, un institut de recherche financé de manière non négligeable par la fondation Bill & Melinda Gates. Cette fondation, qui soutient officiellement le développement des OGM, a récemment fait un don de dix millions de dollars pour aider au développement d’organismes génétiquement modifiés. Elle investit par ailleurs des sommes importantes dans la société Monsanto. On ne me fera pas croire que Joe Perry peut être indépendant dans ses jugements dans ces conditions. Plus généralement, en ce qui concerne les OGM, l’indépendance
des  scientifiques qui composent les groupes d’experts a été très sérieusement remise en cause par la cour des comptes européenne.

Pour faire le pendant des avis officiels négatifs parmi lesquels se trouve celui de l’EFSA, précisons que 140 scientifiques français ont pris leurs distances avec les académies savantes et que 200 scientifiques internationaux soutiennent officiellement l’équipe de Séralini.

Le débat

Un numéro de l’émission Arrêt sur image propose un exemple de débat3 dans lequel les arguments des uns et des autres sont développés :

à suivre

1)  Publiée le 19 septembre 2012 dans la revue Food and chemical toxicology

2) Autorité européenne de sécurité alimentaire (European Food Safety Authority)

3) Plutôt mal conduit dans sa forme, d’ailleurs. Je trouve insupportable cette manie qu’a Daniel Schneiderman de couper sans arrêt la parole à ses interlocuteurs, surtout quand c’est sous prétexte de clarifier. Ce serait plus clair s’il laissait son interlocuteur finir son argumentation. Cependant, cette émission a le mérite de proposer une synthèse correcte de ce qui s’est dit dans les semaines qui ont suivi la publication de l’article.

NB : L’image est empruntée au dessinateur Ptiluc ; une illustration volontairement un peu décalée.

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1 comment for “L’épi de maïs et le petit rat (1ère partie)

  1. dorigord
    11 janvier 2013 at 15 h 56 min

    Quelques pistes de mes réflexions.
    D’abord, je ne suis pas contre les OGM en général, lorsqu’on définit bien les OGM.
    Mais dans le langage commun, il ne s’agit que des OGM dans les cultures pour introduire un gène résistant aux pesticides ou fabriquant un insecticide : le problème est très différent selon ce dont on parle.

    Dans ton propos, ainsi que dans l’émission de Schneiderman, (je n’apprécie pas plus que toi, qu’il pose des questions, puis coupe la parole quand les gens répondent avec précisions) il s’agit de l’étude de l’équipe du chercheur qui est remise en cause par les tenants des pro-GM.

    Que ce soit dans l’agriculture ou dans le monde médical (pharmaceutique), donc chimique en général, les enjeux économiques sont tellement gigantesques, que tout ce qui peut entraver leurs développements financiers, doit être impérativement discrédité, pour qu’ils puissent faire leurs profits indécents.

    Les produits phyto-sanitaires (mais sanitaires pour qui ?) sont dangereux pour la santé de ceux qui les produisent, ceux qui les utilisent et ceux qui les consomment, mais, malgré tout, ils sont toujours utilisés. On a convaincu tout le monde, surtout les agriculteurs, qu’on ne pouvait pas s’en passer, qu’il fallait du rendement et avec des plantes non malades, qu’il FALLAIT NOURRIR LA PLANETE. J’ai discuté avec un technicien de ce genre de produit qui m’a affirmé qu’on ne pouvait pas s’en passer. Et ceux qui font du bio ? : ce n’est pas possible. Ah bon !!

    Forcément, ce technicien est payé par une coopérative qui vend ces produits. Il m’a bien dit qu’il n’était pas au pourcentage, mais j’en doute beaucoup.
    Donc, tout est fait pour vendre de genre de produits y compris les OGM qui auraient du se passer des produits phytosanitaires. C’est le contraire qui s’est passé, puisqu’on les agris mettent du round’up en plus grande quantité et que le maïs qui aurait du résister à la pyrale, ne peut plus être traité même par les produits courants.

    Or, (par exemple) il y a un moyen simple de lutter contre la pyrale sans produits : broyer les tiges et faire des rotations….

    Il y a quelques années, un voisin avait l’intention de semer du maïs OGM « incognito » et de le vendre en Espagne qui l’autorise. Je ne pense pas qu’il ait pu le faire. Il est mort depuis victime d’un cancer dû aux produits.

    EN CONCLUSION : je pense que l’équipe de Séralini a fait du bon travail qui dérange beaucoup les grands groupes et que tout est fait pour le décrédibiliser.

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