Sale temps pour les lombrics

L’importance des lombrics pour les écosystèmes des sols n’est plus à prouver1. En creusant des galeries, ils créent de la porosité, des « chemins » par lesquels l’eau peut s’écouler et les racines des plantes se faufiler. En mangeant des débris végétaux, ils accélèrent leur décomposition, ainsi que la minéralisation du carbone. Sur les parois de leurs galeries, ils déposent des sucres dont les plantes se nourrissent. Leur activité stimule également la vie microbienne du sol. Si bien que lorsque pour une raison ou pour une autre, la quantité de lombrics diminue, la qualité des sols s’en ressent et la fertilité baisse significativement.

Les lombrics peuvent être perturbés par un certain nombre de choses qui font diminuer leur nombre. Le labour, en enfouissant la couche supérieure du sol, affecte fortement les vers de surface (les épigés) qui décomposent activement les végétaux. Les anéciques (qui font des aller-retour entre fond et surface) sont aussi touchés par un travail du sol intensif. Certains pesticides ont également une action négative sur les populations de lombrics, notamment les nématicides et les mollucides.

Une cause supplémentaire, préoccupante, de diminution du nombre de lombrics vient d’apparaitre : un plathelminthe (vers plat) terrestre, prédateur de lombrics, a été détecté cet hiver dans trois départements français (le Finistère, la Corse et les Alpes-Maritimes). Ce vers n’existe pas naturellement en Europe. C’est une espèce qui vient probablement de Nouvelle-Zélande. Dans les pays où il s’est répandu (l’Angleterre, par exemple), on observe une quasi disparition des lombrics, qui entraine des pertes agronomiques et des perturbations importantes des écosystèmes.

l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel) lance un appel à témoin afin de cartographier l’implantation de ce vers. Aussi, toute personne qui en verrait un est-elle invitée à le signaler (voir sur cette page les coordonnées de la personne à contacter). Et si vous l’avez attrapé… ne le relâchez pas dans la nature. Les lombrics vous en seront reconnaissants.

 Plathelminthe_Pierre_Gros  Photos (vue de dessous et vue de dessus) : Pierre Gros, via le site de l’INPN.

1) Même si on est encore loin de tout connaitre à leur sujet.

Mes sources : A2C et l’INPN.

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3 comments for “Sale temps pour les lombrics

  1. quentin
    30 mai 2017 at 21 h 46 min

    Salut !

    Ben zut là je me prends une baffe, je suis totalement passé à côté de cette observation…

    Du coup ni une ni deux, j’ai trouvé un site qui suit un peu l’actualité des ces verts plats en France : https://sites.google.com/site/jljjustine/plathelminthe-terrestre-invasif

    Et par rapport à ton 1), je ne sais pas si tu as lu les travaux de Marcel Bouché condensé dans son livre « des vers de terre et des hommes » ? Je te le conseille vivement si tu ne l’as pas lu !

    amicalement
    Quentin

    • Philomenne
      30 mai 2017 at 22 h 21 min

      Tu ne peux pas tout savoir et l’information est restée, il faut bien le dire, assez confidentielle. Maintenant c’est le cas et merci beaucoup pour le lien.

      Sinon, je ne connais pas le bouquin que tu cites en particulier, si ce n’est de nom, mais comme j’ai pas mal travaillé sur les vers de terre, je connais assez bien les travaux de Marcel Bouché (et de ceux qui ont pris sa suite ; ils sont nombreux et passionnants).

  2. A. Maigrenome
    6 juin 2017 at 19 h 04 min

    Enfin, soyons un peu réalistes !
    Les abeilles à miel sont de moins en moins vaillantes. Peu importe, on expérimente des micro-drones pollinisateurs : un beau relais de croissance.
    Les lombrics vont disparaître. On fabriquera des micro-robots fouisseurs et tout le monde sera content.

    Plus sérieusement, cette invasion repose l’éternel problème des échanges commerciaux de masse qui introduisent toujours plus d’espèces ravageuses Quand va-t on chercher à produire localement et aussi à moins exporter ?

    Le pire est que j’ai déjà lu quelques articles sur le sujet, aucun journaliste n’a posé le problème de fond comme vous venez de le lire.

    Si mes renseignements sont bons, la masse des lombrics sur la planète est supérieure à la masse des humains et de tous leurs animaux domestiques réunis.

    Bonus : un texte importé au sujet de la croissance :
    Notre PIB prend en compte dans ses calculs la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les verrous spéciaux que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que l’abandon de notre merveilleuse nature à un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il tient compte du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il tient compte de la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne rend pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.
    Robert Kennedy (1925-1968) Discours le 18 mars 1968, 80 jours avant d’être assassiné.

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