Quand l’agriculture biologique ouvre le chemin

  • Le plan écophyto 2018 a pour objectif la division par deux (par rapport à 2008) des quantités de pesticides utilisés en agriculture ainsi que le retrait
    du marché des molécules les plus préoccupantes.
  • Depuis ses débuts, l’agriculture biologique s’interdit l’usage des intrants chimiques.
  • Le plan écoantibio 2017 a pour objectif la réduction significative de l’usage des antibiotiques en élevage.
  • Le cahier des charges de l’agriculture biologique limite drastiquement l’usage des antibiotiques en élevage. Par exemple, la règlementation autorise seulement trois traitements antibiotiques par lactation pour une vache laitière en bio.

coccinellesLes problèmes récurrents autour de la qualité de l’eau -que ce soit une question de nitrates ou de résidus de pesticides-, autour de la qualité des sols, autour des résistances de certaines bactéries aux antibiotiques, sont aujourd’hui reconnus, quantifiés, réputés préoccupants. Par conséquent, les incitations à un usage raisonné, à une diminution, des intrants chimiques, se multiplient : mesures agro-environnementales, « plans », directives… il n’est certes pas question de supprimer mais, au moins, de réduire.

Réduire ? Mais comment faire ? Comment faire avec moins, quand on a, depuis les débuts de l’agriculture intensive, été habitué à « traiter » de manière relativement automatique : désherbage en pré ou en post semis, en pré-levée, traitement anti-ravageurs au stade X feuilles, traitement fongicide, apport d’ammonitrate à X tonnes par hectare au printemps, traitement antibiotique systématique pour les laitières au tarissement ou en cas de mammite, etc, tout cela à la dose prescrite par le fabriquant. Comment faire, quand on est agriculteur et que l’on a appris ces protocoles à l’école ? J’en atteste, je me souviens, en BTS, m’être trouvée prise entre le marteau et l’enclume. Dans le rôle de l’enclume, un enseignant d’agronomie agriculteur, précurseur de l’agriculture intégrée, passé maitre dans l’art de la réduction des intrants ; dans le rôle du marteau, une correctrice « vieille école » qui soutenait que ces méthodes étaient criminelles car elles créaient précisément les résistances tant redoutées. Je laisserai le lecteur trancher ce débat sûrement aussi idéologique que technique. Moi, note pas terrible et copie pleine d’annotations rouges sous le bras, j’avais allumé l’incendie entre le marteau et l’enclume avec mes questions 1, puis je les avais laissés se crêper le chignon en rêvant d’agriculture biologique. Mais je m’égare.

Comment faire, disais-je.

Il existe des paysans qui depuis les débuts se passent d’intrants chimiques et utilisent très peu voire pas du tout d’antibiotiques. Ceux qui travaillent en agriculture biologique. On pourrait s’inspirer de leurs méthodes, non ?

Pour le désherbage, le désherbage mécanique au lieu du désherbage chimique…

Pour la lutte contre les ravageurs, les auxiliaires : les coccinelles contre les pucerons, les trichogrammes contre la pyrale…

Pour soigner les animaux, les huiles essentielles

Et ainsi de suite.

C’est énervant ? Reconnaissons-le, c’est un peu énervant. Car les propos tenus dans les campagnes par les tenants de l’agriculture dite conventionnelle vis-à-vis de l’agriculture biologique et de ceux qui la pratiquent sont loin d’être toujours tendres. Conneries, n’importe quoi, extrémisme, baba-cools, déclinés et conjugués à loisir, j’ai à peu près tout entendu en la matière. Il est donc quelque peu agaçant de voir les auteurs de ces critiques venir gratter à la porte de leurs confrères « en bio » pour savoir comment ils procèdent. D’autant plus agaçant que les critiques ne s’arrêtent pas forcément après. C’est qu’entre la réduction des intrants chimiques et leur suppression avec conversion à l’agriculture biologique, il y a un pas qui n’est pas seulement technique mais également idéologique. Un pas qu’on ne franchit pas en achetant simplement une bineuse ou quelques huiles essentielles.

C’est un peu énervant et il est tentant de les envoyer balader. Certains le font : « j’ai appris, j’ai travaillé, j’en ai bavé pour en arriver là, vous n’allez quand même pas venir faire ma récolte après m’avoir tant raillé, à votre tour de mouiller votre chemise ». D’autres mettent volontiers leur savoir et leur expérience à disposition, en admettant avec pragmatisme que tout ce qui est susceptible de faire baisser la pression globale de la chimie est bon à prendre. Depuis le temps, ils ont le cuir épais, de toute manière. Ils le vivent même parfois comme une forme de revanche, après des années à se faire regarder de travers. La tentation de l’ironie n’est peut-être pas si loin… qu’importe.

C’est un peu énervant mais la bonne nouvelle, c’est qu’on va quand même collectivement vers la reconnaissance de la nocivité des intrants chimiques et vers une réduction de ses usages. C’est un pas minuscule sur le chemin qui mène à la sagesse, un pas insuffisant mais un pas tout de même. Et ce chemin, c’est l’agriculture biologique qui l’ouvre fièrement devant nous. Empruntons-le.

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Notes:

  1. Je suis taquine, parfois…

7 comments for “Quand l’agriculture biologique ouvre le chemin

  1. 23 avril 2014 at 13 h 02 min

    la grande majorité de mes éleveurs connaissent et reconnaissent les méfaits des intrants chimiques.

    Par contre, tous ne réduisent pas forcément.

    De mon côté, je n’ai pas les savoirs, pour les HE par exemple, pour les mammites etc. Je le regrette.

    Par contre, un truc que j’utilise très souvent, c’est l’argile, en cas de plaies, d’escarres ou autres, et mon don de toucheuse en départ de mammites et inflammations. Et certains de mes patrons me laissent faire !

  2. bob
    5 mai 2014 at 19 h 29 min

    Au contraire je pense que l’agriculture bio a nui à la reconnaissance de l’agriculture de conservation ou intégrée.

    Le bio est une religion, son dogme du «naturel» est complètement hors de propos lorsqu’il s’agit de (re)construire une agriculture meilleure pour l’environnement. Pire, le label Bio ne laisse que peu de place dans la tête des consommateurs à d’autres labels.

    En fait, s’inspirer du bio c’est de facto biaiser son approche. On mérite mieux que des HE aux effets secondaires inconnus, des granules en sucres sans principes actifs, des cultivateurs lourds et des trichogrammes à efficacité variable…

    • Philomenne
      5 mai 2014 at 20 h 00 min

      Il va de soi que je suis totalement en désaccord. Le bio, une religion ? Ce n’est pas mon point de vue. Ou alors, la chimie n’en est pas moins une. Parce qu’il ne faut pas croire que les molécules artificielles permettent d’avoir zéro mauvaise herbe, zéro ravageurs (la pyrale fait assez bien la nique aux insecticides, par exemple), zéro maladies. C’est un leurre, une croyance. La preuve étant les résistances préoccupantes qui existent aujourd’hui. Et pas seulement avec les antibiotiques.

      S’agissant de « sucre », vous noterez que je n’ai pas évoqué l’homéopathie. En revanche, l’intérêt des huiles essentielles est maintenant prouvée scientifiquement alors pourquoi les rejeter ? J’aimerais d’ailleurs savoir ce que vous proposez pour soigner une mammite, si ce n’est ni avec les antibiotiques, ni avec des huiles essentielles… (c’est une vraie question).

      Quoi qu’il en soit, l’agriculture conventionnelle s’inspire aujourd’hui des pratiques de l’agriculture biologique. Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, c’est un fait.

      • bob
        6 mai 2014 at 16 h 37 min

        «Il va de soi que je suis totalement en désaccord. Le bio, une religion ? Ce n’est pas mon point de vue. Ou alors, la chimie n’en est pas moins une.»

        Oui le bio est une religion, une croyance basée sur des dogmes non scientifiques. La chimie c’est notre ADN, c’est la vie.

        Exemples:

        Bt du MON 810: pas bio

        Bt des bactéries du sol: bio

        Variétés obtenues par transgenèse: pas bio

        Variétés bio obtenues par mutagenèse: bio

        Herbicide total pour faciliter le semi-direct: pas bio

        Passages répétés de cultivateur lourd pour retourner une prairie: bio

        Culture hydroponique en serre: pas bio (hors USA)

        Gaver le sol de sa serre de fumier de poulet: bio

        Contrairement au bio, la «chimie» – bien mal nommée – n’empêche aucune autre pratique agricole. Tout est possible.

        Je note aussi que les certifications bio autorisent des passe-droits pour profiter du la vilaine chimie. Pas très fair-play.

        «Parce qu’il ne faut pas croire que les molécules artificielles permettent d’avoir zéro mauvaise herbe, zéro ravageur (la pyrale fait assez bien la nique aux insecticides, par exemple), zéro maladies.»

        Vous avez raison. Ce n’est pas magique. Il faut réfléchir avant d’utiliser ces outils. Dans mon coin le maïs OGM a bien fait la nique à la pyrale…

        «C’est un leurre, une croyance. La preuve étant les résistances préoccupantes qui existent aujourd’hui. Et pas seulement avec les antibiotiques»

        Les résistances sont le lot de l’agriculture. Pourquoi réduire sa boîte à outils (en bio) dans un tel cas ?

        «S’agissant de « sucre », vous noterez que je n’ai pas évoqué l’homéopathie.»

        J’extrapolais, car l’homéopathie est utilisée en bio.

        «En revanche, l’intérêt des huiles essentielles est maintenant prouvée scientifiquement alors pourquoi les rejeter ?»

        Dites-moi quelle différence conceptuelle il y a entre concentrer les PA d’une plante dans une huile ou d’utiliser les mêmes PA dans un médicament «chimique»? Que les HE fonctionnent, c’est logique. Mais en quoi doivent-elles exclure le reste de la pharmacopée?

        «J’aimerais d’ailleurs savoir ce que vous proposez pour soigner une mammite, si ce n’est ni avec les antibiotiques, ni avec des huiles essentielles… (c’est une vraie question).»

        Je n’en sais rien, les vaches ne sont pas mon domaine.

        • Philomenne
          6 mai 2014 at 20 h 00 min

          Vous oubliez juste quelques minuscules détails : les risques de dissémination des OGM, leurs effets inconnus sur la santé (merci d’appliquer le principe de précaution), la rémanence des molécules de pesticides, qui se retrouvent notamment dans l’eau (et là, on sait que c’est mauvais pour la santé), etc. Quant aux cultures hydroponiques, elles produisent des fruits et des légumes sans aucun goût, c’est parfaitement dégueulasse.

          Pour votre information : il est tout à fait possible de faire des cultures en bio sans labourer ou en faisant seulement un travail superficiel, je l’ai moi-même expérimenté. De même que

          beaucoup utilisent encore herbicides ET cultivateur. La corrélation que vous suggérez entre usage d’herbicide/agriculture de conservation et bio/cultivateur lourd n’a pas de sens.

          La différence entre les molécules d’une HE et une molécule issue d’une synthèse chimique, c’est que la première ne provoque pas de résistance et la deuxième, si. Ce n’est pas que je sois contre les antibiotiques en soi mais on a vraiment des gros problèmes de résistance (et pas seulement en élevage, me semble-t-il) donc il vaut mieux les garder pour les cas où on ne peut pas s’en passer du tout. Et utiliser les HE pour le reste, dans l’intérêt de tout le monde. Et le problème, c’est qu’il n’existe en réalité rien d’autre. Alors vive les HE.

        • 31 décembre 2014 at 16 h 37 min

          Bob, ce que tu dénonces est justement le détournement du principe bio initiale qui partait d’une réflexion globale.
          Détournement initié justement par les majors (circuits de distribution, de production, …) afin d’arriver à produire du bio de manière intensive.
          D’ailleurs le cliché du cultivateur ou du fumier à outrance n’est pas cohérent avec une approche bio globale mais plutôt avec une approche intensive du bio, similaire à intensif chimique. Il y a juste remplacement des intrants.

          Maintenant si vous regardez dans les milieux connaisseurs, il y a une distinction entre le bio à minima (celui même que vous dénoncez), qui est représenté par les logo bio européen et français (depuis 2006 pour le second, date de la normalisation européenne).
          Et les bio plus traditionnelle, avec une approche plus globale, comme la certification « Nature et progrès ».

          Concernant le concept de religion, il est vrai qu’on peux faire un lien.
          Mais je le vois plutôt entre l’intégriste imposant sa religion et le conventionnel imposant ses pesticides.
          J’ai jamais demandé à devoir rester enfermé les jours de beau temps au printemps pour éviter d’être asphyxier. Ce sont des intégristes qui me l’ont imposés.
          Et si eux ont leurs combinaisons, les enfants à côté, qui prenne une dose pleine gueule, eux on s’en fout. (Notre ministre de l’environnement nous l’a reconfirmé récemment)
          Et ne me dîtes pas que les épandages c’est quand les gens ne sont pas dehors, c’est souvent au alentour de midi après l’évaporation de la rosé et avant les chaleurs, ou en fin de journée après les chaleurs et avant la fraîche, donc aux heures des enfants.
          Heureusement, je vis dans une région où il pleut régulièrement, donc je peux me balader les jours de pluies.

          Pour les résistances, c’est marrant, j’en ai jamais vu.
          Les pucerons se font toujours bouffer par les coccinelles, les renards et les rapaces mangent toujours les rongeurs, les insectes sont toujours au menus des araignées, les herbes fanent toujours après arrachage et les sangliers aiment toujours autant les champs de maïs.
          De quel résistance parlez vous?
          Des résistances des plantes et insectes aux produits chimiques?
          Mais là c’est un problème qui n’est pas connu en véritable agriculture bio, car le bio extensif n’utilise pas d’intrant massifs pour obtenir du rendement.
          Après les résistances engendrées par l’agriculture intensive (chimique ou bio) me dépassent un peu, car je ne me sens pas concernés.

          Pour finir, la seul excuse du chimique est le maintien des rendements, sauf, qu’après test, les rendements sont similaires en bio.
          Malgré une diminution dans les années suivants la conversion. Diminution d’autant plus forte que les sols ont été lessivés.

          • gardinette
            26 février 2015 at 12 h 51 min

            @David: juste pour info, les rendements en bio et en conventionnel ne sont pas similaires. C’est plus que moitié moins en bio… Du moins pour les céréales, sujet sur lequel j’ai bossé. Pour être sûre de ne pas dire de bêtises je suis allée vérifier sur Agrimer, je vous invite à y aller aussi. Y’a aussi un article de Nature (avril 2012) si vous pouvez y avoir accès.

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