20 000 millimètres sous la terre

J’aurais pu intituler ce billet « six pieds sous terre », mais j’ai eu peur que ça soit un peu déprimant, pour tout dire, pas très vivant. Non, j’ai préféré voir le côté exploration… même s’il faut bien le reconnaitre j’exagère avec mes 20 000 millimètres. A vrai dire, 10 000 suffisent. Mais je n’ai jamais su renoncer à un titre accrocheur, c’est la petite faiblesse qui me perdra.

Sous terre, donc, sous la surface du sol, les agronomes ont souvent une irrésistible envie d’aller voir ce qui s’y passe, surtout quand quelque chose ne marche pas au-dessus, ou alors, quand ils veulent voir quel est l’effet de ce qu’ils ont bricolé à la surface. Et pour cela, il existe une méthode enthousiasmante, qui s’appelle le profil cultural. Grâce soit rendue à Yvan Gautronneau et à Hubert Manichon, les deux pédologues qui ont mis au point et popularisé cet outil. Leur méthode, décrite dans un seul et unique fasciculeest connue et utilisée par à peu près tout le petit monde qui tourne autour de l’étude des sols, même par les « alternatifs ».

La force de cet outil réside dans sa simplicité : une bêche, un mètre ruban, un couteau. Et pour les perfectionnistes, un soufflet mais à défaut, une paire de poumons raisonnablement en état de marche suffit. Alors voilà, on creuse une tranchée, assez grande pour pouvoir y descendre et s’y sentir à l’aise, dans le champ que l’on veut observer, pas au bord pour avoir quelque chose de représentatif et perpendiculairement au sens de passage du tracteur. Et on descend dans la fosse pour regarder la « tranche » de sol qui se présente alors à nos yeux.

Pour moi, c’est toujours de la même manière que ça commence : la perplexité. Il y a de la terre, quoi… Et puis, à force de regarder, je commence à voir. D’abord, les différentes couches de sol. Celles de la surface qui sont plus sombres parce qu’elles contiennent de l’humus, celles du milieu qui sont plus claires et ensuite, celles qui contiennent des petits morceaux de roche en décomposition, cette fameuse « roche mère » qui se trouve dessous et qui donne au sol ses caractéristiques, sa couleur, sa texture. Et puis, en enlevant des éclats avec le couteau, on fait apparaitre bien des choses : les zones compactées, les traces de passage des outils, celles de l’activité des vers de terre… L’étude d’un profil, vue de l’extérieur, peut sembler absolument rébarbative, périssante d’ennui au minimum. Il n’en est rien.

Viens, ami lecteur, descend avec moi dans ce profil, viens regarder ce qui se trouve sous tes pieds, la vie qui grouille dans ce sol. Tu ne verras pas passer les heures.

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Au tout début : marquer les différentes couches de sol (qu’on appelle les horizons). Les indiens sont passés par là ! Le tout premier horizon, celui qui est brun et grumeleux, contient beaucoup de matière organique et la plus grande partie des racines.
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Le deuxième horizon, plus clair. Les traces brunes verticales sont des traces de passage des vers de terre.    La roche mère en décomposition : ici c’est du micaschiste. On voit qu’il forme une sorte de « feuilletage » qui se désagrège sous les doigts.
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Un vers de terre a fait une galerie qui a ensuite été empruntée par des racines. Un autre vers de terre a creusé une petite cavité (une loge) pour s’y rouler en boule et y rester à l’abri pendant l’hiver. Il est parti en laissant un petit paquet d’excréments.
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Où l’on voit que les vers peuvent descendre loin dans le sol. Les racines aussi d’ailleurs. Une chose qu’on ne voit que rarement : deux cocons de vers de terre, mis au jour par le couteau (et recouverts à nouveau juste après le clic de la photo, rassurez-vous).
NB : Cliquer sur les photos pour les agrandir.

Mon ami lecteur, te voilà beau : les pieds crotté, le pantalon plein de terre, je parie qu’elle s’est faufilée dans ton cou et dans ton pantalon quand tu t’es adossé à la paroi du profil qui était face à celle que tu regardais. A tous les coups, elle est descendue jusque dans ta culotte et elle te gratte les fesses. Je le sais bien, j’ai l’habitude… Et en plus, tu as pris un coup de soleil. Mais sans blague, on s’est bien amusés, non ?

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2 comments for “20 000 millimètres sous la terre

  1. Stephane
    18 mai 2015 at 21 h 35 min

    Bonjour,

    Le lien vers le fascicule ne mene null part.

    Cordialement,

    Stephane Eybert

    • Philomenne
      18 mai 2015 at 23 h 54 min

      J’ai mis le lien à jour, normalement ça fonctionne. Merci.

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