De la douceur du pseudonymat

mandy_tsun_eyes_wide_shutEcrire un billet sur le pseudonymat, je ne pensais pas que cela m’arriverait un jour. Ce genre d’explication, c’est bon pour les blogueurs qui ont plusieurs milliers de visiteurs par jour, pas pour une petite agronome qui tourne à quatre vingts visiteurs quotidiens, probablement toujours les mêmes. Seulement voilà, une fois encore, on me reproche d’écrire sous pseudo. Hasard de l’actualité, Maitre Eolas se retrouve devant la justice (en tant que justiciable, je veux dire) et la question de son pseudonymat est mise sur le tapis avec des arguments qui ressemblent à ceux que je lis ici. Or il se trouve que ses réflexions ont inspiré les miennes, toutes proportions gardées car il a au moins cent fois plus de lecteurs que moi et une vraie notoriété sous son nom d’emprunt. Il est donc temps de mettre les choses au clair.

Pourquoi écrire sous pseudonyme ? Avant tout, le pseudo est d’usage sur le net. Et comme on ne commence jamais par écrire un blog mais, la plupart du temps, par se balader sur les forums et commenter les blogs des autres, on se crée un autre nom qui, au fil des années, devient presque une seconde identité 1. C’est donc tout naturellement que j’ai gardé mon pseudo quand j’ai créé mon blog, puisque c’est mon « identité du web ». C’est finalement, et comme je le disais dans un précédent billet, un nom de plume. Est-ce que je me cache derrière ce nom ? Oui et non.

Généralement, quand on me reproche ce pseudo (et donc, en réalité, de ne pas écrire sous mon véritable nom), c’est sous le billet que j’ai consacré à Claude Bourguignon. Alors soyons clair : écrire ce billet-là sous mon vrai nom ne m’aurait posé aucun problème ; j’assume totalement mes propos. Non, ce qui pose problème, ce sont plutôt mes autres billets. En tant qu’ingénieur, je suis (hélas) souvent en recherche d’emploi. Que fait un recruteur qui reçoit un CV ? Il ouvre google. Que ferait un recruteur du domaine agricole qui lirait ce texte, ou celui-ci, ou encore celui-là (et je suis loin de les citer tous) ? Classement vertical direct et blacklistage de la dame. En d’autres termes, écrire sous mon vrai nom, ce serait me condamner soit à changer de métier, soit à m’autocensurer et à m’abonner au politiquement correct. Or, aucune de ces solutions ne me convient 2. Alors en attendant que je trouve, peut-être, un jour, un poste totalement en accord avec mes convictions, j’écris sous pseudo. C’est un gage de liberté. Liberté de sujets, liberté de ton, liberté d’opinion.

Seulement, ce n’est pas moi que je cache en faisant cela. C’est seulement mon nom. En réalité, je me cache plutôt quand je passe un entretien, par exemple. Dans ce cas, je prends autant que possible la figure qu’on attend de moi, je planque mes convictions. Au final, les lecteurs de ce blog me connaissent et connaissent mes points de vue beaucoup mieux que les recruteurs et/ou employeurs qui ont eu affaire à moi sous mon nom réel. En bref, le pseudonyme, c’est un peu comme si mettre un masque sur mon visage me permettait de me promener toute nue 3.

Sur la question de mon nom, de toute façon, il ne dirait rien à la plupart de mes lecteurs. Je ne suis pas connue et je ne tiens pas à le devenir. Alors, si je donnais mon vrai nom, vous vous retrouveriez, vous lecteur, en possession… d’un prénom et d’un nom. La belle affaire ! Qu’est-ce que cela changerait ? Aucun bénéfice pour le lecteur ordinaire et tous les inconvénients pour moi. On comprendra que je n’y tienne pas.

Ou alors, on voudra en savoir plus, et après mon nom, il faudra ma photo. Et puis quoi ? L’endroit où j’habite ? Le nombre de mes enfants ? Est-ce que je suis homo, hétéro, bi ou collectionneuse de timbres ? Est-ce que je préfère dormir nue ou en pyjama ? Est-ce que j’ai une forte poitrine ou un grain de beauté sur la fesse gauche ? 4 Il n’y a pas de raison que ça s’arrête. Non, vraiment, le pseudo a du bon, il permet de ne pas tomber dans le « show » tendance télé-poubelle. Ce qui compte, ce sont mes idées, pas ma tête.

Dernier avantage du pseudonymat, symétrique des précédents : dans ma vie quotidienne, je ne suis pas Philomenne. On n’attend pas de moi qu’à tout moment j’aie un avis éclairé sur l’agriculture. Je peux faire autre chose, dire des bêtises, prétendre que je m’en fiche, aller me balader, voir mes amis, me reposer, ne pas militer, être sereine. Parce que Philomenne n’est qu’un tout petit morceau de moi, une miette minuscule, qui fait partie d’un ensemble beaucoup plus vaste… dont vous ne saurez rien.

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Notes:

  1. Bien sûr, ce qui se passe sur la toile et ce qui se passe en dehors, c’est toujours la vie, donc fatalement, les deux se rencontrent et s’entrecroisent. Et il se trouve maintenant dans mon entourage des personnes chères qui m’appellent « Philo » plus souvent que par mon vrai prénom
  2. Etonnant, non ?
  3. Heu… c’est une métaphore, hein ?
  4. Dans ce cas, c’est une réalité. Pour la forte poitrine, je veux dire.

7 comments for “De la douceur du pseudonymat

  1. lorju
    10 juillet 2015 at 10 h 24 min

    L’été sera chaud, l’été sera chaud…

    Eh bien, t’es en pleine forme, bon je crois qu’en fait, pour ma part en allant sur ton blog, c’était pas vraiment pour fantasmer sur… ta taille de bonnet, etc… Serait tu blonde… ????
    Donc comme toi je suis dans le monde agricole, pas souvent à l’aise dans mes fonctions parce que j’aimerais voir une autre agriculture prendre vraiment le pas, sans travers, pas au service de la pétrochimie, des financiers et des dictâtes des potentats locaux…, dans une vraie volonté de fournir une alimentation saine, dans un respect absolu de protection de l’environnement, en claire le tout bio, le local…
    Autant croire au père Noël ou alors que Philo va sonner dans un instant et tomber dans mes bras !!!!!
    Donc moi aussi je te réponds sous un pseudo, parce que je recherche aussi régulièrement un travail, chargé de famille et donc un minimum de politiquement correct…
    Oui pour moi aussi l’agriculture a une place prépondérante dans ma vie, un goût amer aussi de n’avoir peut être pas su prendre le train à temps pour être installé comme un conseiller agricole sur 2 peut-être…
    Mais ce n’est pas toute ma vie, non plus…
    Dans tout les cas, ce que j’apprécie dans ton blog, c’est ta personnalité, ta liberté de ton que tu n’aurais pas sans pseudo, alors pour le côté du grain de beauté… tu nous en reparleras une prochaine fois, non ????
    Voilà, effectivement, je suis pas Claude Bourguignon, donc pour ma part ton pseudo ne me pose pas de problème, et dommage que certain n’accepte pas la critique… Quand on fait de la formation par exemple, on doit bien accepter les évaluations pas toujours élogieuses…
    C’est une réponse pas très sérieuse… mais je ne saurais pas y répondre autrement.
    Bonne continuation, c’est un vrai plaisir à chaque que fois je vois un nouveau billet sur ton blog.
    Bon été.

    • Philomenne
      10 juillet 2015 at 21 h 58 min

      Ah oui, j’avais oublié celle-là : est-ce que je suis blonde ou brune. C’est capital, il est vrai. Héhé.
      Merci pour ce long commentaire et pour cette réponse à demi sérieuse. ça fait du bien d’être un peu plus légers par les temps qui courent.
      Je crois que nous avons un peu le même point de vue sur les choses… Ravie de toujours te compter parmi mes lecteurs.

  2. 22 juillet 2015 at 10 h 52 min

    Philomenne,
    je trouve que tu manques cruellement de respect envers ton lecteur.
    Ton grain de beauté, est il sur la fesse droite ou gauche?
    Sans cette information capitale, il nous est impossible de te lire !

    Pour que ton blog en soit pas lisible par un moteur de recherche, tu as une option sous wordpress.
    Par contre, l’inconvénient, c’est que le blog devient introuvable avec le moteur de recherche, donc pas vraiment la solution non plus.

    Au final, le pseudo reste une bonne option! 😉

    • Philomenne
      22 juillet 2015 at 20 h 15 min

      Ah c’est sûr : pas de lecteur pas, de problème ! Mais bon, écrire un blog pour ne pas avoir de lecteurs, même sans courir après l’audience… bof.

  3. 31 juillet 2015 at 4 h 39 min

    Eh bien! Je me permets un modeste commentaire. Il est dommage de ne pas mettre de l’avant sa propre identité – ce que la majorité des gens font sur la Toile, ce qui ne justifie nullement la pratique – sous prétexte de protéger ses idées face à de potentielles offres d’emploi. Un employeur sérieux ne se basera pas uniquement sur vos écrits pour vous embaucher. Il cherchera à connaître vos idées et peut-être les trouvera-t-il justes.

    Utiliser un moteur de recherche pour espionner un potentiel candidat rabaisse celui qui se sert de ce genre de tactique au rang de voyeur. Malheureusement, c’est aujourd’hui une pratique courante qui montre bien que la Toile est souvent un ramassis de sottises.

    Ces idées qui sont les vôtres, si elles sont légitimes, et je ne doute pas qu’elles le soient (après avoir lu quelques billets de vous), n’ont aucunement besoin d’être défendues ou rendues orphelines.

    Cela dit, je comprends votre position. Il est des moments, dans la vie, où il vaut mieux laisser vivre son sosie dans l’illusion que de vivre soi-même dans la réalité. Mais là où vous errez, c’est que le pseudonyme sur Internet sert beaucoup plus l’idéologie de l’absence que la réelle connaissance. Si on ne vous connaît pas, comment pourra-t-on se procurer vos ouvrages? Il y a une limite à l’anonymat qui peut marginaliser voire faire disparaître celui qui en abuse.

    Quant à vos attraits physiques, les évoquer sert de paravent à une argumentation étayée. C’est un faux argument qui est ici inutile. Partager de façon professionnelle et honnête ses intuitions et connaissances est beaucoup plus intéressant, me semble-t-il. Les assumer d’une manière adulte – notamment en les signant – et rationnelle (ce que j’ai lu de votre critique envers Claude Bourguignon était très étayé et pertinent sans faire preuve de démagogie) vous permettrait sans doute de récolter beaucoup plus de lecteurs sérieux – dont je serais avec plaisir, n’étant pas agronome et pourtant vivement intéressé par le sujet…

    Je pense que si vous signez vos textes, plusieurs employeurs futurs apprécieront vos opinions et votre franchise. Quant aux autres, ceux qui s’en tiendront à leur voyeurisme, ils ne les mériteront certainement pas…

    En espérant que mon commentaire ne vous apparaîtra pas trop rébarbatif.

    Au plaisir de vous lire…

    André Meloche
    Sainte-Sophie, Québec
    Canada

    • Philomenne
      1 août 2015 at 23 h 34 min

      Soit les québécois sont plus ouverts d’esprit que les français (fort possible), soit vous êtes très naïf (et peut-être les deux). Mais vous pouvez me croire : aucun des recruteurs à qui j’envoie mon CV n’adhèrerait à mes idées, même de loin, et aucun d’eux n’est tolérant, j’en ai fait l’expérience. C’est vrai que ceux qui espionnent se rabaissent mais ils le font, c’est une réalité dont on doit tenir compte.
      Concernant d’autres éventuelles publications que vous manqueriez parce que vous ne connaissez pas mon nom, rassurez-vous : je n’ai aucune autre publication -et surtout pas d’ouvrage- que ce blog donc vous ne ratez rien. Cela dit, c’était flatteur de le supposer.
      Concernant les allusions à mon physique, soit vous n’avez aucun sens du second degré, soit vous manquez singulièrement d’humour (et peut-être les deux). On peut se permettre d’être un peu léger, parfois, non ? Si. Je ne serais pas moi même si je ne m’autorisais pas de temps à autre une bonne blague ou quelques grivoiseries. (Et il aurait été dommage de rater une occasion de mettre à la une l’image sublime d’une fille délicieusement peu vêtue).

      • 2 août 2015 at 0 h 55 min

        Madame,

        Vous me traitez, dans le même courriel, de naïf et vous supposez que je manque d’humour. Je n’épiloguerai pas sur ces remarques. Le temps m’est trop précieux. Je vous laisse donc à vos certitudes.

        André Meloche

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