La pire crise… (des solutions ?…)

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Photo : Denis Charlet/AFP

Avertissement : Que le lecteur se rassure, ce n’est pas parce que j’ai utilisé le mot « solution » dans mon titre que j’en ai une miraculeuse à proposer…

On pourrait penser que dans une crise de surproduction, la chose la plus évidente à faire serait de diminuer la production. S’arrêter de courir, réfléchir, restructurer les filières… Pourtant, je n’entends rien -ou si peu- qui aille dans ce sens.

Les organisations syndicales majoritaires tentent de « gratter » quelques centimes au kilo ou aux mille litres, à la marge. Les politiques parlent de problèmes structurels et expliquent que les agriculteurs français ne sont pas assez performants… et je me demande d’où leur vient cette idée saugrenue. Il faudrait, à les entendre, produire encore plus et à un coût moindre.

Les agriculteurs « conventionnels » réclament moins de « normes », ce que j’ai du mal à comprendre. Qu’est-ce que ça veut dire ? Moins de normes environnementales ? Le droit de polluer sans entrave ? Normes sociales ? Le droit de payer ses salariés quelques centaines d’euros par mois ? De ne pas cotiser à la MSA ? 1 Tout ça à la fois ?

Certains groupements de producteurs proposent de produire encore plus. Tel (la Pomponne s’en agaçait il y a quelques jours) Sodiaal qui encourage ses adhérents à acheter 2 des droits à produire, à produire du lait qui sera payé très en dessous du prix normal et donc encore plus en dessous des coûts de production.

Des voix s’élèvent pour dénoncer les « charges » que portent les éleveurs. Des charges qui sont en réalité des cotisations sociales… et que l’on se propose de diminuer, supprimer, au nom de la compétitivité. En ne voyant pas plus loin que le bout de son nez parce qu’alors, que fera-t-on du système de santé et de retraite ? On reporte les cotisations sur les salariés ou bien on supprime tout cela ? 3

Les éleveurs réclament l’identification de la provenance des produits 4 et incitent à développer le « manger français » 5. Mais d’un autre côté, ils expriment leur volonté d’exporter encore plus. N’est-ce pas contradictoire quand on pense que leurs homologues, de l’autre côté de la frontière, ont, logiquement et légitimement, la même demande ? L’idée serait d’exporter à toute force en écrasant nos voisins ? L’Europe comme un panier de crabes et ne comptez pas sur la solidarité des collègues au-delà des frontières ?

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Usine de Carhaix – Photo : Béatrice Le Grand/Ouest-France

Toujours plus haut, toujours plus loin

Certains les ont entendus et se proposent de mettre en place des outils permettant d’exporter plus et plus loin encore. Exemple édifiant s’il en est, le projet bientôt abouti de construction d’une tour de séchage du lait à Carhaix, dans le Finistère. Destination du lait en poudre : la Chine. L’usine, qui comprend notamment deux tours de séchage de 50 mètres de haut, devrait entrer en service dans le mois qui vient et transformera chaque année 280 millions de litre de lait en poudre de lait infantile et 30 mille tonnes de lactosérum. Passons sur le fait qu’on pourrait plutôt faire la promotion de l’allaitement maternel, comme le préconise l’OMS 6. Passons sur l’aberration écologique que représente le fait de produire du lait en masse pour le transformer en poudre (opération coûteuse en énergie et productrice de gaz à effet de serre) et le transporter ensuite sur près de 9000 km (idem). Cette usine représente un investissement de 100 millions d’euros, concédé à la fois par l’entreprise chinoise Synutra et par la coopérative française Sodiaal 7. On promet donc aux éleveurs que les excédents de lait seront traités par cette usine, et pendant longtemps, alors que si les chinois ont investi à Carhaix, ce n’est certainement pas pour le charme des longères bretonnes mais bien pour le profit. Et que si le profit n’est plus au rendez-vous, ils peuvent très bien décider de fermer l’usine du jour au lendemain. Et surtout, que s’ils se mettent à vraiment consommer du lait, ils le produiront eux-même. J’en ai la conviction, tout cela n’est qu’un feu de paille. Bref. Après s’être mis dans le pétrin en comptant sur les exportations à destination de la Russie, on se met dans un autre…

On n’apprend rien, décidément. Comme s’il n’y avait qu’une seule voie possible, on persiste à augmenter la production. On s’est pris le mur dans la tête et on prend de l’élan pour foncer à nouveau tête baissée… Et j’aurai beau multiplier les métaphores, ça ne changera rien, c’est comme si la totalité d’une profession était embarquée dans un train fou, incapable d’en descendre pour faire autre chose.

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Notes:

  1. Vous êtes pourtant bien contents d’être remboursés quand vous allez chez le médecin ou de ne rien débourser à l’hôpital.
  2. Oui, oui, à acheter !
  3. Quant à ceux qui trouvent que c’est trop cher… Face à un éleveur qui se plaignait un jour de payer trop, j’ai fait un rapide calcul : en tant que salariée, je cotisais à la même hauteur que lui. La seule différence, c’est que quand on doit faire un chèque, c’est plus douloureux que quand la cotisation est prélevée à la source.
  4. Au mépris du droit européen qui dit que cela fausse la concurrence… mais on ne va pas se plaindre des désirs de relocalisation.
  5. Passons sur la syntaxe approximative…
  6. Mais si en plus les bonnes femmes se mêlent de faire concurrence aux producteurs laitiers…
  7. Et rien n’est dit sur les subventions qui auront aidé à l’implantation de cette usine… mais il me semble impossible qu’il n’y en ait pas eu, nonobstant le fait que c’est aux frais du contribuable que la communauté de communes de Carhaix a dû agrandir sa station d’épuration pour absorber les futurs effluents de l’usine.

20 comments for “La pire crise… (des solutions ?…)

  1. lorju
    28 mars 2016 at 19 h 02 min

    Bravo Philomenne, tout est écrit et rejoint le commentaire que j’ai fait sur ton « post » précèdent… Que rajouter de plus ?
    Tes commentaires sont justes et pourraient nous faire sourire un peu …sauf que la situation est si grave…
    En tant que salarié, les cotisations patronales et salariales cumulés dépassent celles des travailleurs indépendants et de manière sensible …

    L’agriculture continue toujours et encore à se tirer une balle dans le pied … à croire que s’est pas si douloureux que ça !!!
    Voilà en tant que conseiller, amoureux d’une agriculture raisonnable, tout cela me rend tellement triste et me soucie pour mon avenir de conseiller à la recherche d’un emploi…
    A bientôt.

  2. 28 mars 2016 at 19 h 03 min

    Je crois que tu n’es pas sur facebook ; bien t’en prends, parce que ce qu’on y voit est aberrant.

    Je suis un groupe, nommé « les producteurs de lait », ou un truc du genre.

    La majorité se plaignent de la situation ; d’autres tapent sur les plaignants en disant qu’ils n’ont qu’à changer leur façon de penser.
    Certains viennent taper sur tout le monde en gueulant à la solidarité indispensable et la compréhension de la situation d’autrui (bah oui, le pauvre gus qui a un million de quota et s’en sort pas, mais refuse de se diversifier, de réduire…)…

    Et au milieu de tout ça, surnagent les déchets politiques : entre le cas social qui n’a rien compris et qui ne jure que par sarko (qui ne mérite pas de majuscule) et les connards bornés qui idolâtrent la dynastie le pen…

    C’est à gerber.

    Heureusement que ceux qui gueulent sur le net dans ce genre d’endroits ne sont pas majoritaires, mais n’empêche.

    Quand je lis tout ça, je me dis que c’est bien fait pour leur gueule à tous ces cons, que s’ils lâchaient leur télé branchée sur tf1 et pensaient un peu par eux-mêmes, ils ne seraient pas dans cette situation…

    En ce moment je suis en colère…

    • Philomenne
      29 mars 2016 at 0 h 41 min

      Je ne suis pas sur FB et je ne compte pas y aller, surtout après un tel tableau ! Les gens qui gueulent me gonflent, ceux qui rejettent la faute sur les autres m’exaspèrent. Je rêve qu’on s’arrête, tous, un instant, ou même un petit peu plus, pour réfléchir. Et se demander ce qu’on fait, ensemble, pour arranger la situation. Et dans la fraternité, si possible… J’en rêve. (Je devrais écrire un billet sur mes rêves, tiens…)

  3. hugues
    28 mars 2016 at 21 h 27 min

    Bonjour,
    Beaucoup de vérités, quelques âneries tout de même.
    Je ne sais pas si vous côtoyez tout les jours des agriculteurs, il me semble que vous êtes ingénieur agronome.
    Pour le petit 1, (la MSA), connaissez vous le taux que doivent verser les agri ? Il est énorme.
    Pour les charges, il ne s’agit pas simplement des cotisations sociales mais ça englobe également l’inflation de tout les produits que les paysans peuvent acheter.

    Sinon j’aime bien votre blog

    • Philomenne
      29 mars 2016 at 0 h 28 min

      Oui, je côtoie des agriculteurs au quotidien. Et quant à ce que les agriculteurs doivent verser à la MSA… Connaissez-vous le montant des cotisations des salariés ? Il est souvent équivalent, voire plus élevé, surtout par rapport à ceux qui s’arrangent pour investir à bon escient afin de ne pas payer de MSA ou alors le strict minimum. En gros, à chaque fois qu’un employeur me donne mille euros, il en débourse environ 1800 en tout. La différence, ce sont les cotisations salariales et patronales.

      Pour ce qui est du mot « charges », le problème c’est qu’il a un double sens. D’un point de vue comptable, il englobe les charges de structures, les charges opérationnelles, les diverses cotisations, etc. Mais d’un point de vu social, il désigne aussi les cotisations inhérentes soit à une activité indépendante soit à l’emploi d’un salarié. Et c’est dans ce sens-là qu’il est utilisé par les exploitants qui réclament « moins de normes, moins de charges ».

      • lorju
        29 mars 2016 at 10 h 39 min

        Désolé d’appuyer là ou ça fait mal Hugues, mais oui les cotisations des exploitants agricoles sont plus faibles que celles des salariés ( de l’ordre de 10% de moins : c’est pas rien ….). J’ai travaillé pendant 10 ans dans une région agronomiquement très favorisée … où j’ai du lutter contre cette fausse idée que seuls les agriculteurs payaient des cotisations sociales pour tout ces ….
        D’abord il faudrait remettre les choses à leurs places, quand un agriculteur paye des cotisations sociales, c’est pour aussi se cotiser une retraite si faible soit-elle …Je ne remet pas ça en cause, mais un commerçant est encore plus mal loti !!!
        De plus la MSA tant défendue par les agriculteurs … (et ils ont raison) est très déficitaire … pyramide des âges oblige. Elle bénéficie donc de la solidarité nationale.
        Par contre le plus dur à supporter et je le comprends, c’est le montant des cotisations minimums… en effet avec ce système il est plus que fréquent de payer des cotisations bien plus élevés que le bénéfice …
        Je trouve aussi bien réducteur de rejeter la faute sur les seuls conseillers, le conseiller bien souvent ne fait que de reporter les directives prises par les professionnels élus, les politiques mises en place avec l’aval là aussi des professionnels élus etc….
        Les conseillers des chambres d’agriculture sont bien souvent qu’ils le veuillent ou non les portes paroles des élus … alors que faire ?
        Il serait temps de prendre en compte que l’avenir de notre agriculture doit être pluriel et que chacun est l’élément essentiel à la réalisation du puzzle …
        Euh …. excusez moi je m’étais assoupi , je rêvais !!!
        Non… en fait en réalité mon voisin est bientôt sur le départ et il a pas de repreneur … ouf !!! Je rêvais seulement !

  4. hugues
    28 mars 2016 at 21 h 29 min

    Ce qui n’empêche pas que cette situation à été provoqué par les paysans eux mêmes, qu’ils sont pleinement responsable de leur endettement.
    Si seulement ils arrêtaient d’écouter ceux qui donnent des conseils, on n’en serait peut être pas là.

    • Philomenne
      29 mars 2016 at 0 h 37 min

      Je ne souscris pas entièrement. Quand une personne donne un conseil et qu’une autre le suit, qui est responsable ? A mon avis, les deux. Qui plus est, ce n’est pas un problème d’endettement mais de surproduction. On ne peut donc pas réduire le problème à « c’est votre faute ». C’est plus complexe et plus global que ça. Et surtout, ce genre de discours n’aide personne.
      Comme le souligne très justement la Vachère d’à côté, plutôt que de se lancer des invectives et des responsabilités à la figures, si on réfléchissait ensemble à des vraies solutions ?

      • hugues
        29 mars 2016 at 15 h 42 min

        Je ne rejetais pas la faute sur personne.

        Je veux surtout souligner la mentalité qui existe aujourd’hui dans nos campagnes. La course au plus gros, au plus beau tracteur, la course aux terres même si ce n’est pas économiquement justifié… et qui engendre des endettements complétement fous et déraisonné.
        -Quand les magasines spécialisés genre réussir ou plm, montre des belles fermes « à la pointe de la technologie » ou des tracteurs avec tel options qui vous garantiront une productivité boosté par 2 et que si on pas ca, bah on est has-been.
        -Quand les centres de gestions se contentent de dresser le bilan et de dire »vous pouvez acheter un nouveau tracteur », votre marge de sécurité est bien trop élevé et vous payez trop de MSA.
        -Quand on voit que les techniciens de coopératives sont avant tout la pour vendre avant de conseiller.
        -Quand on voit les idioties de l’INRA, organisme contrôlé par les lobbies (sans être paranoïaque).
        -Quand on constate l’appauvrissement des terres par des monocultures intensives et que personne ne dit rien.

        La seule production laitière viable aujourd’hui, c’est la production à l’herbe avec des vaches à 5000. Mais bon c’est ringard, il paraît qu’on nourrira pas la planète avec ça, il paraît qu’on est féneant quand on nourri ses vaches à l’herbe, il parait qu’on ne sais pas gérer sa ferme parce qu’on à pas le nouveau fendt vario avec GPS, il paraît qu’on ne pense qu’a soi parce que ça fait pas vivre les coop et concessionnaire. C’est triste.
        Ou alors on compense par un écrasement des charges au volume, au fermes aux 1000 vaches et bientôt 2000. Et quand ça suffira pas on fera des fermes à 10000. Ca me donne envie de pleurer ce modèle d’agriculture et rien qu’a y penser j’ai envie de devenir végétarien.

        Mon modèle? Production à l’herbe, vêlage de printemps, un coût alimentaire à 30€, fuck la MSA, les aides européennes (sisi), et tout les parasites qui tournent autour.

        Quoi qu’il en soit, je ne voulais rejeter la faute sur personne, chaque paysan est avant tout libre de faire ce qu’il souhaite.

        • lorju
          29 mars 2016 at 17 h 02 min

          Je suis à 100 % en accord avec vous, alors faites ce qui vous semblent bon, et vivez ou essayer de vivre, parce que c’est vous et votre revenu qui est important.
          Oui une vache ça doit bouffer de l’herbe, merde alors ! Et oui une vache à 5000 litres à l’herbe, elle vous produit du bénéfice … et fuck effectivement les gros tracteurs, la coopé qui vous revend sa soupe à tour de bras et le comptable qui a besoin de vous pour vivre et il ne peut vivre que si c’est très compliqué … la paperasse, bien sûr …
          Encore une fois tout le monde veut prendre sa part de gâteau, sur votre dos… Moi je l’ai dit en tant que conseiller, mais je me suis fait remettre à ma place vite fait bien fait, alors ma place je l’ai laissé pour me mettre à mon compte …
          Mais aujourd’hui j’attends à nouveau une place de conseiller parce que j’aime ça aussi et qu’il faut bien manger !!

          Mais comme vous disiez, malheureusement c’est bien souvent les agri qui ont fait leurs propres torts … maintenant on en est là, on peut pas tout faire péter du jour au lendemain, alors il est grand, grand temps de se serrer les coudes et d’essayer des solutions qui n’ont pas été encore essayées !!! Plus que des vaches à 5000 l peut être et par exemple !

        • Philomenne
          30 mars 2016 at 22 h 48 min

          Moi aussi, je ne peux qu’être d’accord avec tout cela et je rejoins Lorju sur son commentaire.
          Vous vous entendriez bien avec Ludovic, tous les deux…

          • lorju
            5 avril 2016 at 0 h 25 min

            Oui, je suis persuadé que je m’ entendrais bien avec Ludovic. Il a tout compris et qu’est ce qu’il a raison. C’est fou, ce type devrait voir tous les agriculteurs et conseillers défilés chez lui, une grande partie des éleveurs aux moins et pas que pourraient s’en inspirer …
            Atteindre cet objectif ne se fait sûrement pas en 6 mois, mais quand même travailler à la réduction de ses coûts, c’est quand même à ça que devrait penser chaque jour l’agriculteur…
            Pour ce qui est des conseillers, je pense qu’une bonne partie en est déjà convaincu !!!
            Longue carrière à Ludovic, oui j’aimerai bien le rencontrer …

          • David
            26 avril 2016 at 15 h 27 min

            En réponse à lorju, en ce moment beaucoup d’entreprise de toute taille, forme, et domaine sont à fonds dans la réduction des coûts.

            Par contre les exploitations agricoles qui sont des entreprises vont dans le sens inverses.

  5. Louis
    29 mars 2016 at 9 h 54 min

    Bonjour Philomène,
    C’est assez bien vu. Vous oubliez un point important : la crise n’est pas seulement une crise de surproduction, mais aussi une crise des prix.
    Les consommateurs sont dorlotés depuis des dizaines d’années, sous couvert du sacro-saint « pouvoir d’achat ». Résultat : nous ne payons pas le vrai prix de la nourriture que nous consommons. Pour comprimer les prix, on a augmenté les primes. On a fait payer au contribuable ce que l’on ne voulait pas faire payer au consommateur. On souhaite que les ménages « s’équipent », et on pense écrans plats, smartphones, loisirs et Ikea.
    L’Insee mesure la part du budget des ménages consacré à l’alimentation : elle se réduit à peau de chagrin, de 34% en 1959 à moins de 13% aujourd’hui… On veut consommer plus, de meilleure qualité, en payant moins. Pas étonnant que pour compenser ce soit la course à la quantité du côté des producteurs.
    Les paysans sont comme tout le monde. Si on leur proposait de travailler moins pour gagner autant, ils le feraient.
    Consommateur, paye ta bouffe au prix qu’elle coûte réellement !

    • hugues
      29 mars 2016 at 15 h 44 min

      quand on regarde le prix du beurre ou encore du fromage, je pense qu’il est à son juste prix.
      Regardons plutôt les marges prises par la grande distribution.

      • Louis
        30 mars 2016 at 17 h 24 min

        Le beurre à son juste prix ? Voir le site de l’Insee : indice 100 en janvier 2000, indice… 100 en janvier 2016. Dans le même temps l’inflation a fait passer le coût de la vie de 100 à 127,3.
        Côté fromage c’est moins grave mais toujours en dessous de l’inflation: indice 101, 1 en janvier 2001, contre 118.2 en janvier 2016.
        Ceci dit les marges de la GD c’est aussi un problème, mais il ne faut pas se voiler la face sur notre faute de consommateurs qui acceptons de payer plus cher sur tout, sauf sur notre alimentation.

    • Philomenne
      30 mars 2016 at 23 h 02 min

      Attention avec les pourcentages de budget consacrés à tel ou tel poste de dépense. Le fait que la proportion de budget consacrée à l’alimentation baisse, c’est vrai. Mais il faut considérer que la part consacrée au logement a énormément augmenté : là où il y a 30 ans, on consacrait 20 à 30 % de son budget au logement, aujourd’hui c’est souvent 40 à 50 %. Donc, si une proportion augmente, les autres baissent (c’est mathématique !) mais ça ne veut pas dire que la dépense à baissé en numéraire.

      Quant à l’idée (souvent entendue) « les gens dépensent moins pour manger mais ils s’achètent des écrans plats, etc », pardon mais elle m’agace un peu. Parce qu’il ne faut pas oublier que pour un grand nombre de nos concitoyens, le choix entre nourriture de qualité et technologie de pointe se résume à « ni l’un ni l’autre ». J’ai donc bien envie de vous inviter à élever deux ou trois enfants avec un Smic (situation commune, les fameuses « familles monoparentales ») et là vous constaterez que même sans smartphone, boucler un budget est difficile. Surtout si on a déjà passé 600 ou 700 € dans un loyer.
      « Consommateur paye ta bouffe »… Faudrait-il qu’il en ait les moyens.

      Moi je voudrais que les prix de la nourriture de qualité (je dis bien de qualité) soient encore plus bas, pour que tout le monde puisse y avoir accès. Et pour cela, qu’il y ait plus de subventions à l’agriculteur. Oui, c’est le contribuable qui paye mais l’impôt sert à cela, rétablir un peu d’égalité et de justice ; sur la nourriture il ne devrait pas y avoir de système à deux vitesses. Alors bien sûr, en ces temps d’individualisme, ça choque, ce côté Robin des bois… mais j’assume.

  6. Isa
    31 mars 2016 at 17 h 19 min

    Dans notre entourage professionnel, des jeunes (en production laitière, allaitante, céréales…) se questionnent, et dans le bon sens. ça bouge dans nos campagnes…
    Reste qu’il y a encore des « vieux cons » pour donner un avis tranché sur les choses, plutôt que de les aider à continuer leur questionnement !

  7. Dom
    10 avril 2016 at 16 h 24 min

    Bonjour,
    Globalement d ‘ accord avec vous , il faut néanmoins préciser certaines choses:
    – Sodiaal n ‘ incite pas à faire produire plus ( la collecte est à moins 1%) mais répond à la demande de certains de ses sociétaires qui ont envie de se développer ( pour diverses raisons , y compris la survie de leur exploitation à terme) , Sodiaal demande de payer le capital social correspondant( 35euros/ 1000l) d ‘ avance afin de responsabiliser les demandeurs. Ce litrage supplémentaire est en B jusqu ‘ à une proportion de 30% du litrage total , le reste est en A.
    Notons que si le B est bien plus volatile que le A , en moyenne sur une longue période la différence est inférieure à 10 euros/1000l. Le problème est qu ‘il faut pouvoir passer les creux!
    Concernant la régulation , un collègue belge ( nous sommes frontaliers) me disait récemment : « tout le lait que vous ne voudrez pas faire , vous les français , nous on le fera! » , alors ? Il est évident qu ‘ à ce petit jeu , on court au suicide collectif , seulement nos voisins plus au nord font le pari qu ‘ ils résisteront plus longtemps!
    -Concernant l ‘ autre domaine qui vous préoccupe ( et vous fait vivre j ‘ espère) , à savoir le sol , il n ‘ y a pas de règle universelle , en fonction de la situation de chacun il faut trouver ce qui va le moins mal!
    Les époux C et Lydia B ont sûrement raison d ‘ alerter sur la condition des sols , leur show est bien rôdé , mais quand on leur demande (lui est venu deux fois chez nous) comment faire pour bien faire , la réponse est plus évasive …..
    Nous sommes une exploitation d ‘ élevage en terre argileuse , avons essayé beaucoup de choses , et on en arrive à la conclusion ( partagée par un fabricant bavarois de matériel de travail du sol simplifié- c ‘ était écrit dans sa gazette-) que la seule solution qui marche en sol argileux est un travail du sol intensif et profond! Ou alors la nature s ‘ en charge , gel profond ou sécheresse grave comme en 2015, mais les dégâts collatéraux sont si importants que ce n ‘ est pas à souhaiter!

    • Philomenne
      10 avril 2016 at 22 h 54 min

      Pour Sodiaal, ça doit dépendre des régions. Il est vrai que je ne sais pas comment ça se passe de partout. La Pomponnne, qui en parlait il y a quelques temps sur son blog, habite (si je ne m’abuse) dans la zone de collecte de l’usine de Carhaix dont je parle dans mon billet. Et dans cette région, ça pousse à la production de manière certaine. Je pense qu’il y a un rapport…

      Concernant les sols, j’ai vraiment la conviction que les techniques doivent s’adapter au cas par cas, en fonction de leur nature. Et sans dogmatisme, d’autant que les phénomènes sont complexes. Il faut rester modeste face à tout ce qui se passe sous nos pieds et qu’on connait encore mal.

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